Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Elliott Sharp: Tectonics - ERRATA / SyndaKit / Larynx (Neos - 2007)

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En rééditant trois albums d’Elliott Sharp, le label Neos révèle le parcours singulier d’un guitariste peu enclin à faire avec les contingences, et incapable de choisir entre élucubrations rock, expérimentations électroacoustiques et tentatives rapportées au champ des musiques nouvelles.

Au moyen d’une basse et de guitares électriques, mais aussi d’une clarinette basse, de saxophones et de synthétiseurs divers, Sharp édifiait en 1998 Tectonics – ERRATA, projet mené en solitaire qui combine des progressions instrumentales toujours dérangées – par les interventions virulentes de chacun des instruments ou l’enrayement impromptu des machines – et des plages de constructions à l’imaginaire pétri de références à l’indus et à la no-wave, au funk et au free jazz.

En compagnie, cette fois – celle de l’Orchestra Carbon, ensemble instable composé à chaque fois d’une dizaine de musiciens –, Sharp enregistrait à dix ans d’intervalle deux œuvres sourcilleuses : Larynx, d’abord, datant de 1987, composée de six pièces soumises à un bruitisme répétitif mal maîtrisé ; et SyndaKit – enregistrée en 1998 – qui trouvera la solution aux questionnements maladroits de Larynx. En quatre parties, SyndaKit révèle en effet sa musique inquiétante au son d’arrangements soignés, qui décident d’insistances mélodiques ou de déconstructions bientôt rattrapées par les charmes d’un rythme à peine éclos, pour prendre, au final, des allures de pièce majestueuse, symphonie minimale fantasmant la rencontre de Terry Riley et Glenn Branca.

Ces trois volumes de Neos Elliott Sharp Edition donnent ainsi les preuves de l’inspiration bonne conseillère avec laquelle peut faire Elliott Sharp, quand pi:k se chargeait récemment d’en attester l’endurance.

Tectonics – ERRATA, CD : 01/ Spliny Thicket 02/ In Tongues 03/ City of Sand 04/ Which Delta 05/ Calle siete 06/ Hotfoot 07/ Noospheric 08/ Goomy 09/ Kargyraa 10/ Errataka - SyndaKit, CD : 01/ SyndaKit Part 1 02/ SyndaKit Part 2 03/ SyndaKit Part 3 04/ SyndaKit Part 4 - Larynx, CD : 01/ Larynx 1  02/ Larynx 2  03/ Larynx 3  04/ Larynx 4  05/ Larynx 5  06/ Larynx 6

Elliott Sharp - Tectonics - ERRATA / SyndaKit / Larynx - 2007 - Neos Music. Distribution Codaex.

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David Fenech: Polochon Battle (Inpolysons) - 2007

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Capable d’être (com)prise à des degrés divers, l’écoute de Polochon Battle en dit long sur l’illusion après laquelle court son auteur, David Fenech : qui tente d’allier le futile à l’agréable, et le sourcil froncé au sourire béat.

Pot-pourri de tentatives éclatées, le disque donne à entendre autant de naïveté compositionnelle que de comportements étranges, capables tous d’user jusqu’à la corde le moindre gimmick dans le but d’élaborer un folklore minuscule. Auprès d’une batterie d’invités et d’instruments, David Fenech maltraite donc ses comptines, relègue parfois leur fondement mélodique au profit d’une ironie grinçante, de manipulations intéressées (celles d’un message téléphonique ou de l'inspiration d'un enfant), ou de pièces plus abstraites, qui traînent leurs doutes en fin de parcours.

Minimaliste, le discours évoque quelques références – Moondog, Sakamoto, Pascal Comelade, John Lurie, Ennio Morricone –, qu’il s’amuse quand même à ranger dans le désordre. Ainsi, le badinage de Polochon Battle séduit par sa nature, véritablement insouciante, qui profite aux combinaisons de trouvailles amusées qui font l’essentiel de ses instrumentaux.


David Fenech, Cheveux dangereux. Réalisation : Benoît Guillaume. Courtesy of David Fenech et Benoît Guillaume.

CD: 01/  Jogging republicain 02/ Pingouins (w/ felix kubin) 03/ Odette (w/ stephane milochevitch, aka thousand) 04/ Spiderwoman (w/ shugo tokumaru) 05/ Theme for alix (w/ klimperei) 06/ Friday market reggae 07/ Cheveux dangereux (w/ hervé zénouda) 08/ Crying for nothing 09/ Ode to pahl 10/ Polochon Battle (w/ toog + aurélien potier) 11/ Mange du caca 12/ Akira 13/ Alaeeeygh 14/ Trespirations (w/ falter bramnk) 15/ Mr Singovki + Mala Coffee (w/ daniel palomo vinuesa)

David Fenech - Polochon Battle - 2007 - Inpolysons.

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The Fonda/Stevens Group : Trio (Not Two, 2007)

fondastevensgrisliEnsemble à la physionomie changeante, The Fonda / Stevens group se faisait trio, en avril 2006, sur la scène de l’Alchemia de Cracovie.

Aux côtés du batteur Harvey Sorgen, le contrebassiste et le pianiste se partagent les titres d’un répertoire piquant, qui commande autant de déconstructions audacieuses que d’exercices de style parfaitement maîtrisés (swing incertain de The Search, orientalisme de Soon to Know, essai impressionniste de The Path).

Bien sûr, il arrive à Michael Jefry Stevens de trop en faire au piano, mais le trio parvient le plus souvent à mettre la main sur une entente rare, d’où partira l’imprécation folle de From The Source ou l’étrange danse qu’est Break Song. Et Joe Fonda, comme à son habitude, de rayonner d’un bout à l’autre d’un concert de plus. 

CD: 01/ Soon to Know 02/ The Search 03/ Andrea 04/ From the Source 05/ The Path 06/ Break Song

The Fonda / Stevens Group - Trio - 2007 - Not Two.

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John Coltrane : Live in ’60, ’61 & ’65 (Naxos, 2007)

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Rassemblés ici, trois films de concerts donnés en Europe entre 1960 et 1965 donnent à voir John Coltrane diversement entouré.

A Düsseldorf, d’abord, où le saxophoniste, alors en tournée en tant que sideman de Miles Davis, prend – à la place d’un trompettiste ayant décliné l’invitation – la tête d’une petite formation à l’occasion d’un show radiotélévisé. Auprès de Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb, il interprète un Green Dolphin Street élégant avant d’accueillir Stan Getz puis Oscar Peterson sur une reprise d’Hackensack de Monk.

L’année suivante, c’est en leader que Coltrane revient en Allemagne, participant là à une autre émission, en compagnie de son quartette classique, augmenté d’Eric Dolphy. Célèbre, la séance vaut surtout pour la rencontre des deux saxophonistes, déposant encore l’un après l’autre leurs solos de My Favorite Things ou Impressions.

Plus rares, les images d’un concert donné en Belgique en 1965, toujours auprès de McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones, qui attestent d’un tournant inévitable, celui qui mènera Coltrane au seuil d’un free jazz dont Ayler lui attribuera la paternité – l’introduction, en compagnie de Jones, de Vigil, en étant la meilleure preuve. Et l’esquisse aura été faite d’un parcours monumental.

John Coltrane : Live in ’60, ’61 & ’65 - 2007 (Naxos / Abeille Musique).
Edition : 2007.

DVD : 01/ On Green Dolphin Street 02/ Walkin’ 03/ The Theme 04/ Autun Leaves 05/ What’s New 06/ Autumn in NY 07/ Hackensck 08/ My Favorite Things 09/ Ev’rytime We Say Goodbye 10/ Impressions 11/ Vigil 12/ Naima 13/ My Favorite Things

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Al Margolis / If, Bwana: An Innocent, Abroad (Pogus / Import) - 2007

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A partir de l’enregistrement de la voix de Lisa Barnard, Al Margolis dresse les plans des dernières explorations sonores en date de son If, Bwana. En compagnie de Jane Rigler et Jacqueline Martelle, flûtistes consentantes – et assez aventureuses pour accepter de se plier à des règles rappelant celles du cadavre exquis –, Margolis s’attache alors à mettre au jour un univers basé sur le langage.

Evidemment incompréhensible, celui-ci, et dissout sous les effets d'une essence de térébenthine administrée par des parties de flûtes étirées et traînantes. Un peu d’anglais, soudain, une déclaration d’amour étouffante, évaporée au creux des parallèles dessinées par les instruments à vent, couvrant de leurs graves répétés quelques voix qui s’opposent.

Ainsi, An Innocent, Abroad distille une ambient angoissante que le Stockhausen de Stimmung aurait investie sans crier gare, pour reléguer au second plan mots et musique, et s’occuper bien mieux d’une simple et belle affaire de sons.

CD : 01-05/ An innocent, Abroad

Al Margolis / If, Bwana : An Innocent, Abroad - 2007 - Pogus Records.

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Claude Tabarini: Enveloppes, Ecrits sur le jazz (Héros-Limite - 2007)

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Deuxième recueil de textes consacrés au jazz signés Claude Tabarini, joueur de tambour et poète presque critique, Enveloppes retrace un peu plus de dix années d’écriture en rapport plus ou moins direct avec la musique.

De la taille de raisonnables chroniques, ces textes pourraient s’apparenter à une espèce rare de haïkus développés, prose soumise à la pratique régulière du laisser-aller pour vignettes inspirées par des musiciens de taille, un souvenir encore audible, ou les effets imprévisibles des grains d’argents d’une photographie. Emporté, Tabarini évoque quelques idoles (Misha Mengelberg, Paul Motian, Sunny Murray), révèle la forme insoupçonnée d’autres musiciens (Han Bennink graphiste ou Derek Bailey virtuose en négatif), ou dresse le portrait, au moyen d’une subjectivité révérencieuse et souvent touchante, de personnages tels que Kenny Dorham ou Lenny Popkin ; ose aussi quelques souvenirs d’enfance au gré des rééditions, se souvient d’une photographie frisant le statut d’énigme (Sam Rivers et Miles Davis au Japon), ou fait d’une pochette de disque un prétexte à discourir encore.

Ici et là, il laisse parfois entendre quelques choix : un goût pour le Steve Lacy des premières années, un satisfecit adressé aux efforts du Third Stream, un hommages à quelques musiciens de blues ou à quelques jazzmen charmés par la variété – allant jusqu’à tirer profit de quelques disques moins recommandables. Car la qualité du matériau inspirant n’est pas l’essentiel de la démarche de l’auteur. Curieux et inventif, Tabarini fait de la critique musicale comme Apollinaire pouvait écrire sur l’art : en y apportant ce qu’il y veut bien davantage qu’en se pliant aux us et coutumes du métier.

Claude Tabarini - Enveloppes, Ecrits sur le jazz - 2007 - Editions Héros-limite.

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Elliott Sharp, Charlotte Hug: pi:k (Emanem - 2007)

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En deux fois, et selon deux approches, le guitariste Elliott Sharp et la violoniste Charlotte Hug improvisèrent pi:k. A chaque fois : incandescent et sauvage.

A New York, le duo mêle en 2004 ses interventions rageuses : développements fiévreux de Sharp sur guitare acoustique – arpèges insistants et tappings qui en imposent – sur élans de violon hésitant entre les grincements entendus et la charge décorative malséante. Au bout du compte, un folk dérangé rempli de charmes.

A Genève, en 2005, Hug et Sharp improvisent en concert : d’autres pièces, forcément, d’autant plus qu’ils utilisent là quelques appareils, afin d’enrichir leur dialogue instable au gré des conséquences de l’utilisation de micros et d’amplificateurs. Changeant, et tout aussi réfractaire à la défense d’une ligne claire.

CD: 01/ Tread Grapes 02/ Another Yellow Swallow 03/ Kvalster 04/ Take it on the Bridge 05/ Quick Bright Thing – Come to Confusion 06/ Orbiter 07/ Granule 08/ Mineralia 09/ Incidental Atrocity 10/ On The Skew 11/ Stay in Line 12/ Alight ID 13/ De-Scale 14/ Endland and Heyokas

Elliott Sharp, Charlotte Hug - pi:k - 2007 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Yuriy Yaremchuk, Mark Tokar, Klaus Kugel : Yatoku (Not Two, 2007)

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Le batteur Klaus Kugel, le contrebassiste Mark Tokar et le multi instrumentiste ukrainien Yuriy Yaremchuk, improvisent les combinaisons possibles d’un triple portrait : Yatoku  et ses palindromes.

Sur mouvement lent, le trio défend d’abord un free qui gagne en densité, avant d’hésiter entre les manières à appliquer à ses pratiques instrumentales : frénétiques (saxophone soprano sur Tokuya, section rythmique défaite sur Kutoya), incertaines, voire, expérimentales (clarinette basse et contrebasse adeptes de détournements mélodiques sur Toyaku), ou plus rassurantes (développement de Kuyato et écarts de langage disposés en cercles sur Yakuto).

S’écartant peu à peu des usages entendus, les trois hommes finissent par mettre la main sur une singularité sophistiquée et, pour tout dire, inattendue.

CD: 01/ Yatoku 02/ Tokuya 03/ Kuyato 04/ Yakuto 05/ Toyaku

Yuriy Yaremchuk, Mark Tokar, Klaus Kugel - Yatoku - 2007 - Not Two.

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The Ex: Building a Broken Mousetrap (Ex Records - 2007)

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Des images capturées sur un chantier en construction ouvrent Building a Broken Mousetrap, film que Jem Cohen consacre à un concert donné par The Ex à la Knitting Factory de New York en septembre 2004.

Deux parties – noir et blanc, puis couleur – racontent alors un soir comme un autre dans la vie du groupe hollandais, l’assurance constante de chacun de ses membres étant évidemment au rendez-vous. Sur scène, on donne un rock teinté de punk, qui agence sur l’instant ses plages bruitistes, ses accès de fièvre répétitive et ses rugueux automatismes. Entre – et quelques fois pendant – les morceaux, Cohen glisse des vues nocturnes de New York, où se disputent inquiétude et frénésie, illustration adéquate aux efforts magistraux de The Ex, au chaos magnétique qu’ils martèlent.

The Ex - Building a Broken Mousetrap - 2007 - Ex Records. Distribution Differ-ant.

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Paul Rutherford : Solo in Berlin 1975 (Emanem, 2007)

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Faite d’extraits de trois concerts donnés à quelques mois d’intervalles à Berlin, en 1975, une anthologie permet à Martin Davidson, directeur du label Emanem, d’adresser un dernier hommage à Paul Rutherford, tromboniste et improvisateur hors pair. 

Huit enregistrements, dont sept jusque là inédits, redisent ici les manières particulières et parfois étranges de Rutherford, devenu une des figures essentielles de l’improvisation européenne à force d’avoir su démontrer la qualité et l’intransigeance de sa démarche. A Berlin, il refuse, comme toujours, de brader son expérience au profit d’une ritournelle souvent faite nécessité : ainsi, il  extirpe au prix de luttes intestines des notes qu’il abandonne dans l’instant, dévale des progressions à étages au rythme de courses folles dont il ne se lasse jamais, glisse un filet de voix entre les plaintes sorties du cuivre ou rue dans un piano afin d’élaborer l’accompagnement non intentionnel qui pourrait bien lui aller à merveille.

Lorsqu’il n’est pas ivre d’écarts, Rutherford fait varier la distance entre l’instrument et le micro, adresse quelques clins d’œil amusés ou insiste sur une note, qu’il transforme à l’envi. Alors, de trouvailles malignes en frasques à chaque fois convaincantes, l’improvisateur construit son discours, peaufine son œuvre sans y paraître. A tel point que, après The Gentle Harm of the Bourgeoisie, autre enregistrement solo de Rutherford, Solo in Berlin 1975 revendique à son tour le statut de disque indispensable.

Paul Rutherford : Solo in Berlin 1975 (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1975. Edition : 2007.
CD : 01/ Berlintro 02/ Berl In Zil 03/ A Song My Granny Taught Me 04/ Not a Very Wonderful Ballad 05/ Primus 06/ Secundus 07/ Tertius 08/ Quartus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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