Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Bruno Tocanne, Lionel Martin, Rémi Gaudillat: New Dreams Now ! (Cristal Records - 2007)

newdreamsliPartenaires  au  sein  du  Trio  Résistances,  le  batteur  Bruno Tocanne et le saxophoniste Lionel Martin invitent le trompettiste Rémi Gaudillat à servir, voire prolonger, leurs influences.

Et notamment celles de l’Old and New Dreams de Dewey Redman (à qui est emprunté Dewey’s Tune), Don Cherry, Charlie Haden et Ed Blackwell. Se passant assez bien de contrebasse, le trio élève son propos à coups d’allers-retours entre une extravagance décomplexée (fanfare post-aylerienne de Peace for Don ou clins d’œil amusé de Martin à Rahsaan Roland Kirk sur Madame Mado ne m’a pas dit) et quelques hymnes qu’il se plaît à déchanter à l’unisson (Crépuscule avec Nelly, So Strange but So Sweet).

Portés par une exaltation incitative, les musiciens parviennent à convaincre sans trop en faire, habiles au point de relativiser quand il le faut l’insuffisance d’un thème (D’autres mondes) ou l’ambiguïté d’un traitement (La danse des antécédents). De nouveaux rêves calqués sur de plus anciens, capables comme eux de combler les attentes du moment.


Bruno Tocanne, Lionel Martin, Rémi Gaudillat, Dewey's Tune (extrait). Courtesy of Bruno Tocanne & You Tube.

CD: 01/ Dans la continuité de ce qui va suivre 02/ Dewey's tune 03/ And now ... 04/ Sables mouvants 05/ D'autres mondes 06/ Is it Now ? 07/ Secret Marriage 08/ Peace for Don 09/ Madame Mado ne m'a pas dit 10/ Crépuscule avec Nelly 11/ La danse des antécédents 12/ So Strange but So Sweet

Bruno Tocanne, Lionel Martin, Rémi Gaudillat - New Dreams Now ! - 2007 - Cristal Records. Distribution Abeille Musique.

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Ryoji Ikeda : Dataphonics : Mix Final (France Culture / INA, 2006-2007)

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Diffusée récemment, l’intégralité de Dataphonics, projet commandé par l’Atelier de Création Radiophonique et le Groupe Recherches Musicales de l’INA au compositeur Ryoji Ikeda. 10 pièces diffusées initialement d’octobre 2006 à juillet 2007, rassemblées ce 2 septembre sur France Culture.

Hommage  au  Solfège de l’objet sonore  de  Pierre Schaeffer, Dataphonics a dans l’idée de matérialiser, voire, de rendre visibles, les sons échappés des données numériques dans lesquelles plonge Ikeda. Bien sûr, l’univers est vaste, et les possibilités multiples, mais, comme sur son récent Dataplex, le compositeur prend soin de donner une allure présentable aux résultats de ses préoccupations sérieuses.

C’est pourquoi,  d’une démarche qui pourrait rester purement  expérimentale, Ikeda  fait un prétexte ludique, combinant une série d'attributs minuscules que sa maîtrise du langage binaire lui a permis de capturer : cliquetis et effets de masse, aigus récurrents ou larsens, bourdons porteurs et impacts réguliers.

Sages ou précipitées, les 10 pièces s’empressent de respecter une régularité rythmique - voire, un propos répétitif - et servent un minimalisme électronique à tête chercheuse, inquiété autant par la malléabilité des possibilités d’un data fait instrument que par les formes dans lesquelles les enfermer. Un traité d’utilisation scientifique appliqué à l’édification de constructions légères.


Dataphonics: 01/ Principle 02/ Spectrum 03/ Transmission 04/ Transformation 05/ Rhythmics 06/ Automatic 07/ Quantization 08/ Harmonics 09/ Counterpoint 10/ Structure


Ryoji Ikeda - Dataphonics : Mix Final - 2006, 2007 - France Culture / INA. Ecoute et Podcast.

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New Generation Quartet : Dances (Ayler Records, 2007)

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L’homme adulte et installé se demande : « qu’attendre d’une nouvelle génération ? » L’inspectant du coin de l’œil, il peut espérer d’elle une succession tranquille ou, au contraire, craindre qu’un jour ou l’autre sonne l’heure annoncée du conflit, voire, de la rupture. Mais quelques fois, l’homme adulte et installé trouve important de soutenir la jeune génération, quitte à passer pour suspect auprès de la sienne propre. C’est le cas de Sergey Belichenko, l’un des premiers musiciens à avoir, dans les années 1960, choisi de se faire jazzman en Sibérie - camarade joueur de jazz, pour évoquer Josef Skvorecky. Batteur doué et (forcément) déterminé, Belichenko a évolué aux côtés de Vladimir Chesakin du Ganelin Trio, Sergey Kuryokhin ou Vladimir Tarasov, avant de mener ses propres groupes. Aujourd’hui encore, il défend le jazz, ou plutôt, les jazz, à la lumière de formations différentes et complémentaires : le traditionaliste Jazz Old Trio, et ce New Generation Quartet qui allie les forces encore vives de deux sexagénaires – Belichenko, donc, et le contrebassiste Dmitri Averchenkov – et les affirmations tempétueuses de deux quadragénaires – le pianiste Roman Stolyar et le saxophoniste Vladimir Timofeev.

Enregistré en 2000, Dances est fait de trois pièces longues aux couleurs changeantes, fantasmant quelques danses pour en tirer d’innombrables pas de côté. Ainsi, Phantasmagorian Tango, sur lequel les musiciens déposent l’un après l’autre leur timidité sous forme de propositions lestes, avant que le ténor de Timofeev ne se charge de l’énoncé du thème : précipitée, répétée, la mélodie subit les coups d’un emportement unanime, quand, ailleurs, on l’aurait soignée, réservant la frénésie à de grandes plages déconstruites. Repentant, Roman Stolyar déposera pour conclure des phrases plus romantiques, comme pour excuser la violence faite à la complainte, partenaire de tango sans doute trop renversée. Extirpé d’une répétition d’accords sombres, Two-Step Blues expose d’autres dosages, qui parviennent à marier un swing revigorant à des interventions hors tempo, un piano épris de lyrisme avant de donner dans un minimalisme angoissé, un free magistral, enfin, balayé bientôt par une mélodie réconfortante tenant du clin d’œil. Plus lumineuse encore, la longue introduction de No Strauss : dirigé par Belichenko, un ensemble percussif impose le premier tiers de la pièce (Polka) à coups de claps, sifflements et coups de baguettes. Gouailleur, le quartette se montre intransigeant sur le fond et bon enfant sur la forme, édifiant ainsi un pont entre Novossibirsk et Chicago : en guise de Waltz, les musiciens fêtent un Grand Macabre déluré sur les entrelacs réfléchis et efficaces du ténor et du piano - Averchenkov déposant, lui, les graves précis et nécessaires à cette soudaine volonté de puissance – tandis qu’ils évoquent, sur March, des Jazz Messengers poussés dans leurs derniers retranchements. Ainsi, le New Generation Quartet boucle dans l’euphorie sa longue marche, voyage qui l’aura vu faire preuve de fougue autant que de délicatesse, pour imposer une identité au-dessus des contingences et des frontières.

CD: 01/ Phantasmagorian Tango 02/ Two-Step Blues 03/ No Strauss: Polka / Waltz / March

New Generation Quartet - Dances - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.

The mature and settled man wonders : « What is there to expect from a new generation? ». He can hope that things will stay peaceful. On the other hand, he may fear that some day, a fracture – even a conflict – will appear. But sometimes, the mature and settled man considers it important to support the younger generation. Even if that invites the suspicions of his peers. So it was with Sergey Belichenko, one of the first musicians to decide, in the 1960s, to become a jazz man in Siberia – « Talkin' Novosibirsk blues », to recall Josef Skvorecky. A gifted and typically strong-minded drummer, Belichenkoplayed alongside Vladimir Chasakin of the Ganelin Trio, Sergey Kuryokhin or Vladimir Tarasov, before leading his own bands. Today, he continues to defend jazz, or rather, all kinds of jazz, with a variety of complementary line-ups : the traditionalist Jazz Old Trio and his New Generation Quartet which combines the still lively strengths of Belichenko and double bass player Dmitri Averchenkov, both in their sixties, with the stormy assertions of younger pianist Roman Stolyar and saxophonist VladimirTimofeev, who are in their forties.

Recorded in 2000, Dances is composed of three long pieces of ever-changing colours, creating fantasies of dances to draw endless steps from them. First, Phantasmagorian Tango, on which the musicians, one after the other, lay down their timidity with light proposals, before the tenor of Timofeev states the theme: precipitated, repeated, the melody submits to the blows of a unanimous fit of rage; where, elsewhere, it would have been carefully nurtured. The piece maintains a frenzy during long, deconstructed parts. As though repentant, Roman Stolyar concludes with more romantic phrases, as if to excuse the violence done to the lament – a tango partner no doubt bent backwards with too much force. Pulled from a repetition of dark chords, Two-Step Blues exposes another mix of ingredients. It successfully marries an invigorating swing with out-tempo interventions, a piano infatuated with lyricism one moment, giving in to anxious minimalism the next; finally a free blowing section which is soon replaced by a comforting melody. More luminous still, the long introduction to No Strauss: a ‘percussion ensemble’ driven by Belichenko, shapes the first third of the piece (Polka) with claps, whistles and drumbeats. Cheekily, the quartet is intransigent at heart yet easy-going about form, thus building a bridge between Novosibirsk and Chicago. With Waltz, the musicians celebrate a smart Grand Macabre on the thoughtful and effective interlacing of the tenor and piano – Averchenkov ensuring the accurate bass line that is necessary for this sudden surge of power. While on March, the band sounds like Jazz Messengers driven to their final limits. The New Generation Quartet brings its long walk to a close in euphoric mood. Their journey has been completed with as much fierce enthusiasm as delicacy, imposing an identity that is above contingencies and borders.

Notes de pochette originales. Traduction: Stéphane Berland.

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