Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Electrics : Live at Glenn Miller Café (Ayler, 2006)

elecgrisliEnergique quartette germano-scandinave, The Electrics profite de passages éclairés sur scène pour alimenter leur discographie. Après Chain of Accidents, enregistré en 2000 au Copenhagen Jazz House, voici Live at Glenn Miller Café, datant d’octobre 2005.

Eclatants dès l’ouverture, les musiciens estiment les libertés (saxophone ténor de Sture Ericson) et limites (trompette d’Axel Dörner) de leur pratique, progressant au son d’expérimentations osées à peine mais signifiantes (Electrips, Electrance). Ailleurs, le groupe soumet son improvisation à quelques postures de jazz érudit (swing sur Electroots, free sur Electrash).

Passé à la clarinette basse, Ericson ouvre enfin Electraps : les interventions exaltée de Raymond Strid sur percussions et grinçante du contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten y imposant une charge rugueuse, cette pièce d’heavy jazz oblige Dörner et Ericson à trouver des options de défense qu’ils n’avaient pas soupçonnées jusqu’alors.

Autrement dire qu’au Glenn Miller Café, The Electrics persistent, signent, et outrepassent les qualités dévoilées sur leur premier enregistrement. Pour concevoir leur évolution en tant que progrès.

CD: 01/ Electrips 02/ Electrance 03/ Electrash 04/ Electroots 05/ Electraps

The Electrics - Live at Glenn Miller Café - 2006 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International. 

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Yagihashi + Sato + Higo: The Temple of No Power No Virtue (Cohort Records - 2006)

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Sortis de leur récente collaboration avec le chanteur Phil Minton, Yagihashi Tsukasa (saxophones), Sato Yukie (guitare) et Higo Hiroshi (basse), continuent leur exploration d’une musique improvisée lénifiante, free jazz que l’on aurait débarrassé de son énergie.

Sur quatre titres, le trio montre en effet davantage d’intérêt pour l’expérimentation sonore que de faible pour le thème limpide et efficace. Alors, sur le décorum bruitiste mais ténu fomenté par les instruments électriques, Tsukasa multiplie les plaintes comme il décide d’aigus et de crissements (23:19) pour suivre ensuite ses partenaires le long d’une musique proche du silence, mais électrique encore (13:30, 14:20).

Combinant, pour finir, les constructions instables d’un saxophone plus dynamique aux dérélictions d’une guitare sous effets et d’une basse osant enfin appuyer chacune de ses notes (6:31), Yagihashi, Sato et Higo, complètent dignement l’exposé de leurs intentions sombres et expérimentales, distribué presque sous le manteau par le label Cohort Records.

CD: 01/ 23:19 02/ 13:30 03/ 14:20 04/ 6:31

Yagihashi + Sato + Higo - The Temple of No Power No Virtue - 2006 - Cohort Records.

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Otomo Yoshihide : Multiple Otomo (Asphodel, 2007)

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Lorsqu’il ne mène pas son New Jazz Quintet, le guitariste Otomo Yoshihide s’adonne à sa passion pour le tourne-disque, au moyen duquel il édifie des pièces expérimentales et sauvages. Dernières preuves en date de ses penchants tourmentés, The Multiple Otomo Project rassemble dix-huit morceaux sur CD et donne à voir, sur DVD, les manipulations nécessaires à ses déconstructions dernières.

Amateur de collages impromptus, Yoshihide imbrique des effets sonores souvent dérangeants – larsens, frottements et grattements crachant, sifflements divers – pour les confronter à des vrombissements sortis de guitares ou à quelques coups portés sur ses installations. Précis de musique industrielle autant que baroque, The Multiple Otomo Project peut évoquer Ministry (Needles) avant de défendre une ambient dérangée (Pulse), ou se laisser aller à un quasi silence (Spiral) pour donner pus loin dans l’illusion mélodique (Luminous).

Illustrant le propos, le DVD montre le musicien – ses mains, en règle générale – évoluer autour de platines soumises à des systèmes patiemment réfléchis. Usant d’élastiques et d’objets hybrides faisant office de masses, il ajoute à la nature peu ordinaire de ses ustensiles une pratique violente de son instrument – dérapages intentionnels des diamants, lancements violents des bras ou bris de disques intervenant sur la lecture en cours. Expérimental, le tout. Qui perce quand même un peu le mystère audiophonique à coups de révélations visuelles.

Otomo Yoshihide : Multiple Otomo (Asphodel / La baleine)
Edition : 2007.
DVD :
01/ Burner 02/ Vinyls 03/ Plucks 04/ Yellow Record 05/ Quadrant 06/ Uncoiled 07/ Needles 08/ Frets 09/ Tone Generator 10/ Spiral 11/ Pulse 12/ Clamps 13/ Luminous 14/ Dispenser 15/ Taped Records 16/ Rotations 17/ Colored Records 18/ Corrosion 19/ Brushes & Washers 20/ Red Record 21/ Tinfoil 22/ Layered 23/ Clip & Spiral 24/ Hands 25/ Jagged 26/ Rasps 27/ Crackles 28/ Color Liquid 29/ Blue Feedback 30/ Turntable Graveyard

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Georges Aperghis: 14 récitations (Col Legno - 2006)

apersliDepuis les années 1970, le compositeur Georges Aperghis interroge comme nul autre le rapport de la musique au théâtre, faisant du texte et des possibilités de la voix humaine les enjeux majeurs de son œuvre. Preuves en sont ses opéras, bien sûr, mais aussi ces 14 récitations, écrites entre 1977 et 1978. Défendues à l’origine par Martine Viard, elles étaient interprétées plus récemment au Wien Modern Festival par Donatienne Michel-Dansac.

Expérimentaux et ludiques, les textes et pièces défilent, jetant la soprano dans des imbroglios récréatifs et ardus – faits de ruptures de rythme, de fulgurances extravagantes, d’installations de boucles déviantes et d’une batterie d’onomatopées provocatrices. Théâtrales, les récitations invectivent, commandant quelques cris ou lâchant un rire indéterminé.

De ses lectures et chants,  la vocaliste construit, selon le bon vouloir d’Aperghis, un langage torturé, forcément incompréhensible, au débit récalcitrant, à la répétition grotesque. En guise de complément, le jeu d’acteur, qui pousse la soprano à redire un dialogue sans espoir jusqu’à incarner une des folles enchaînées jadis à la Salpêtrière.

L'habileté de Michel-Dansac donne ainsi une actualité à ces 14 récitations, et redit la singulière expérience que sont leur écoute.

CD: 1-14/ 14 récitations

Georges Aperghis - 14 récitations - 2006 - Col Legno.

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ZMF Trio: Circle the Path (Drip Audio - 2007)

zmfAprès avoir fait connaissance au Festival International de Jazz de Vancouver, le violon(cell)iste Jesse Zubot et le contrebassiste Joe Fonda décidèrent d’improviser, un jour, ensemble, et en compagnie d’un troisième homme, accessoirement percussionniste: Jean Martin.

Exposé sous sigle, le trio signe avec Circle The Path un premier album fait de 10 morceaux élaborés sur l’instant, dont les noms parlent d’eux-mêmes (Low, Dark & Slow, combinant les écarts de langage des deux archets ; Roll, pièce plus expérimentale où le violon survole le gimmick de contrebasse pour enfin gagner en profondeur sous les coups inspirés de Martin), ou pas (Slow Blues, faux ami dérivant plutôt au son d’une danse de la pluie fantasmant la rencontre de John Lurie et d’India Cooke).

Ailleurs, les musiciens construisent une musique inquiète et anguleuse, fière de réussir à réconcilier des emportements irrépressibles (Next Step) et le recours à une folk inédite (Circle) enrichie par la pratique magistrale de Joe Fonda, d’abord ; de Jesse Zubot et Jean Martin, ensuite.

                                                                                                          ZMF Trio, Wild Horse (extrait). Courtesy of Drip Audio & ZMF Trio.

CD: 01/ Low, Dark & Slow 02/ Circle 03/ Slow Blues 04/ #135 05/ Next Step 06/ The Path 07/ Mishap 08/ Wild Horse 09/ Roll 10/ Low, Dark & Slow (Reprise)

ZMF Trio - Circle the Path - 2007. Drip Audio.

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Mike Flower, Chris Corsano : The Undisputed Dimension (NO-FI, 2006)

mike flower chris corsano the undisputed dimension

Pendant court de leur récente collaboration sur l’album The Radiant Mirror, The Undisputed Dimension ramasse, le temps d’un 45 tours, les aspirations du duo Mike Flower (guitares) / Chris Corsano (batterie). Expéditif et altier.

Sous les saturations de sa guitare, Flower tente d’abord comme il peut d’approcher un semblant mélodique, encouragé par la progression vive de Corsano, puis lâchée par celle-ci, lorsque le batteur, après avoir assez grondé, décide d'apaiser le morceau bruyant (The Undisputed Dimension). Sur The Fifth Truth, le duo change de point de vue, et combine un swing – haché, quand même, par Corsano – et quelques larsens oscillants dans l’optique de mettre sur place une pièce répétitive et monochrome.

Le reste, à la fugacité interdisant qu’on le détaille, perdu au creux de faces arrangeant avec subtilité des postures jazz et no-wave.

Mike Flower, Chris Corsano : The Undisputed Dimension (No-Fi)
Edition : 2006.
7'' : 01/ The Undisputed Dimension 02/ The Fifth Truth
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eliott Sharp, Reinhold Friedl: Feuchtify (Emanem - 2006)

feuAvec Feuchtify, Elliott Sharp et le pianiste Reinhold Friedl signent une improvisation altière et vivifiante.

Mesuré, le duo allie ses pratiques iconoclastes: Friedl mettant en place un jeu plus (gestes parfois violents, commande de graves réverbérés) ou moins conventionnel (sur piano préparé ou allant voir à l’intérieur de son instrument) ; Sharp passant d’un instrument à l’autre (guitare, basse, dobro, saxophone soprano) pour courir derrière des possibilités nouvelles et avouer de manières différentes son intérêt pour les slides.

Alors, les couleurs changent au gré des combinaisons : ambient dilatée en samples (Ify), pièces sombres (Scrib) ou amusées (Pet, chinoiserie passée en miroir déformant), déconstructions percussives (Vert, Gress) et dialogues réfléchis (Dict).

Pour avoir su évaluer leur rencontre avec réflexion plutôt que précipiter leur discours dans une improvisation trop emportée, Sharp et Friedl convainquent ici avec une évidence tenant du surnaturel.

CD: 01/ Dict 02/ Duc 03/ Gress 04/ Ject 05/ Pet 06/ Pend 07/ Por 08/ Scrib 09/ Tract 10/ Vert 11/ Sub 12/ Dis 13/ Ify

Eliott Sharp, Reinhold Friedl - Feuchtify - 2006 - Emanem. Distribution Orkhêstra International. 

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Roger Doyle: Baby Grand (BVHAAST - 2006)

doylegrisliAprès avoir terminé ses études à la Royal Irish Academy of Music, le pianiste Roger Doyle s’est focalisé sur la musique électroacoustique, composant quelques travaux jusqu’à obtenir, en 1997, le Prix « Œuvre d’esthétique à programme » au Concours Musique et Arts sonores électro-acoustiques de Bourges.

Inauguré par une composition qui mêle avec humour les accents romantiques d’un grand piano et les digressions facétieuses d’un orgue minuscule (Baby Grand), Baby Grand présente ensuite 5 compositions illustrant le martyre de
Saint Jean-Baptiste. Evocation à moitié historique prétexte à révéler quelques influences (Debussy, Satie, Hartmann sur Salome’s Entrance), à donner dans la bande originale classique (Banquet Medley) ou de style plus pompier encore (Salome’s Dance), à tout sacrifier enfin à l’introspection opaque (Salome’s Lament).

Et sur le mouvement lent d’une telle lamentation, voici la musique rattrapée par des défauts que le pianiste parvenait à dissimuler jusque là. Mesuré auparavant, le classicisme déteint au point d’en devenir étouffant sur les deux temps de Budawanny, pour défendre ensuite quelques nappes inqualifiables de synthétiseur salace sur Housekeeper.

Heureusement, Doyle n’ira pas outre ces mauvaises proportions, préférant le piano répétitif et plus discret (lointain, même) de Mansard, ou la progression mélodique sombre et dissonante de Ten Themes. Pour s’en sortir un peu moins mal, seulement. Au son d’une musique contemporaine gérant maladroitement ses penchants avilissants pour la variété instrumentale.

CD: 01/ Baby Grand 02/ Salome's Entrance 03/ Banquet Medley 04/ The Temptation of John the Baptist 05/ Salome's Dance 06/Salome's Lament 07/ Budawanny 1990 08/ Budawanny 2003 09/ Housekeeper 10/ Mansard 11/ Ten Themes (all is bright)

Roger Doyle - Baby Grand - 2006 - BVHAAST.

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Eric Dolphy : In Europe 1961-1964 (Impro Jazz, 2006)

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Les captations vidéo mettant en scène Eric Dolphy sont assez rares. Réunissant deux d’entre elles, In Europe 1961-1964 donne à voir le saxophoniste et clarinettiste dans des situations différentes.

Menant son quintette, d’abord, pour le compte d’un show télévisé allemand datant de 1961. Court, le programme fait défiler quatre titres, dont une version du God Bless The Child de Billie Holiday, solo concentré de clarinette basse, et un Blues In The Closet rendu par les seuls George Joyner (contrebasse) et Buster Smith (batterie). Ailleurs, Dolphy intervient au saxophone alto, distribuant des aigus déchirants autant qu’il impose son sens du silence auprès du jeu du trompettiste Benny Bailey (Blues Improvisation).

Trois ans plus tard, Dolphy est de retour en Europe en tant que membre du sextette de Charles Mingus. Habité, il investit à l’alto le polyrythmique So Long Eric ou emplit des dissonances sorties de sa clarinette Orange Was The Colour Of Her Dress, Then Blue Silk. Galvanisant des partenaires pourtant avertis (Dannie Richmond, Clifford Jordan, Jaky Byard, Johnny Coles), il fait preuve d’un aplomb altier, donnant une nouvelle jeunesse à Take the « A » Train, en lui appliquant quelques postures libres.

Brut et intelligent, In Europe 1961-1964 concrétise et complète l’autre référence vidéographique concernant Dolphy: Last Date, excellent documentaire signé Hans Hylkema.

Eric Dolphy : In Europe 1961-1964 (Impro Jazz / Socadisc)
Edition : 2006.
DVD : 01/ Geewee 02/ God Bless The Child 03/ Blues in The Closet 04/ Blues Improvisation 05/ So Long Eric 06/ Orange Was The Colour Of Her Dress, Then Blue Silk 07/ Owl 08/ Take the « A » Train
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Wadada Leo Smith, Günter Baby Sommer: Wisdom in Time (Intakt - 2007)

wadasliSur Wisdom in Time, le percussionniste Günter Baby Sommer – membre du Zentralquartett et partenaire occasionnel de Peter Brötzmann, Irène Schweizer ou Cecli Taylor - retrouve le trompettiste Wadada Leo Smith, ami de trente ans qu’il a jadis fréquenté aux côtés de Peter Kowald.

Alternant trompette et bugle, Smith fait preuve d’une extravagance assurée (Tarantella Rusticana) ou d’un lyrisme charmeur (Pure Stilness), perturbant de temps à autre son propos à coups de traitements électroniques plus (Rain Cycles) ou moins sauvages (Bass-Star Hemispheres). De son côté, Sommer tient le dialogue, décidant d’accents légers (Pure Stilness) ou emmenant le jeu du duo sur un swing approprié (Old Times Roll - New Times Goal) ou sur un mode incantatoire (Gasire's Lute).

Dans les pas du duo Don Cherry / Ed Blackwell, Smith et Sommer font déroute ensemble en éternels camarades certains de leur complicité. Preuve la plus récente à ce jour, ce Wisdom in Time.

CD: 01/ A Sonic Voice Inclosed in the Wind 02/ Tarantella Rusticana 03/ Pure Stilness 04/ Gasire's Lute 05/ Woodland Trail to the Giants 06/ Bass-Star Hemispheres 07/ Rain Cycles 08/ Old Times Roll - New Times Goal 09/ A Silent Letter to Someone

Wadada Leo Smith, Günter Baby Sommer - Wisdom in Time - 2007 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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