Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Kidd Jordan Quartet: New Orleans Festival Suite (Silkheart - 2002)

jordansliChez lui, à la Nouvelle Orléans, Kidd Jordan enregistrait en 1999 une improvisation en trois temps en compagnie de partenaires précieux : le contrebassiste William Parker, le pianiste Joel Futterman (ancien partenaire de Jimmy Lyons) et le batteur Alvin Fielder (jadis membre du sextette de Roscoe Mitchell).

Dès Decateur Street, le saxophoniste dépose un expressionnisme altier sur le soutien fiévreux de Parker, duo qui évolue sur les phrases habitées et distribuées à l’emporte-pièce par Futterman, au piano puis à la flûte indienne. Pour mettre en place à deux une progression ténébreuse, le pianiste et le contrebassiste exaltent le morceau avant le retour du ténor, qui jette autant d’aigus qu’il insistera, pour conclure, sur les graves.

Répétant à l’envi que la « musique n’est pas, toute, basée sur la mélodie », Jordan pousse le vice jusqu’à hacher ses interventions, multipliant les phrases courtes avant de s’emballer sur Dream Palace, autre demi-heure soutenue au rythme changeant selon les envies de Fielder (passant du swing au mode latin, de l’accent précis à l’arythmie définitive).

En guise de final, Ole Miss Lovesong impose un développement fluctuant au gré du tracé des pizzicatos de Parker, qui combine les phases de nonchalance roublardes à quelques accès de fièvre inspirée. Et annonce une suite indispensable, élaborée en compagnie des mêmes: du Live at the Tampere Jazz Happening 2000 (avec Futterman et Fielder) au récent Palm of Soul (avec William Parker).

CD: 01/ Decateur Street 02/ Dream Palace 03/ Ole Miss Lovesong

Kidd Jordan Quartet - New Orleans Festival Suite - 2002 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.

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Ran Slavin: The Wayward Regional Transmissions (Cronica Electronica - 2007)

slavinsliEn compagnie d’Ahuva Ozeri, joueuse de bulbul tarang (autrement appelé banjo indien), et du oudiste Moshe Eliahu, Ran Slavin rêve de mettre à Tel Aviv la main sur une musique syncrétique, reflet d’un monde que l’on survole, quiet, quitte à parfois se faire rattraper par la réalité crasse de télescopages faisant partie des risques.

Parti au son mesuré de cordes répétitives déposées sur la toile d’une électronica minimaliste (Village), Slavin dérive d'abord au gré d’inspirations sûres: combinaisons de structures rythmiques minuscules et d’une guitare progressant sous réverbération (Wayward Initial) ou mélodies lointaines espérant se faire une place parmi les boucles bancales et les graves distribués à distance régulière sur Jericho 6AM.

Mais, trop assuré peut être, le voici abandonnant son folklore inventé pour le troquer, qui plus est, contre une ambient sans charme (Silence) et ultra-naïve (DAT Beats). Remis de sa chute, il réussit à faire demi-tour et retrouve sur Hagalil les rivages sûrs décrits en ouverture de The Wayward Regional Transmissions, album recevable que le brouillage radio passager aura bien failli perdre.

CD: 01/ Village 02/ Wayward Initial 03/ Jericho 6AM 04/ Shelters and Peace 05/ DAT Beats 06/ Silence 07/ Kiosk in Furadi 08/ Hagalil

Ran Slavin - The Wayward Regional Transmissions - 2007 - Cronica Electronica.

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Cor Fuhler: Stengam (Potlatch - 2007)

cor fuhler stengam

A l’aide d’électro-aimants et de moteurs minuscules, Cor Fuhler tire de l’intérieur de son piano les éléments improvisés qui formeront Stengam.

Souvent percussive (allant jusqu’à évoquer l’usage d’un steel-pan ou de tymp-toms), l’approche de Fuhler met rapidement au jour quelques mondes parallèles faits de bourdons électriques, de sifflements de cordes, d’effets de masse et de leurs résonances.

Développant ici un univers proche du Neroli de Brian Eno (North-South), Fuhler se montre ailleurs davantage soumis aux tensions, distribuant quelques notes vibrantes sur le référent d’une corde qui grésille (Ferrous), ou mesurant le long de Stengam les conséquences sur l’ensemble d’oscillations apaisantes. Pour bâtir, au final, une œuvre concrète transcendée par l’instinct.

Cor Fuhler : Stengam (Potlatch / Orkhêstra International)
Edition : 2007.
CD 01/ North-South 02/ Ferrous 03/ Stengam - part 1 04/ Stengam - part 2 05/ Stengam - part 3 06/ Stengam - part 4 07/ Stengam - part 5 08/ Stengam - part 6
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Hamid Drake, Albert Beger, William Parker: Evolving Silence, Vol. 2 (Earsay Records - 2006)

dragrisliAppelé à rejoindre le Pyramid Trio de Roy Campbell en clôture d’un concert donné au Festival de Jazz de Tel Aviv en 2005, le saxophoniste israélien Albert Beger rencontrait Hamid Drake et William Parker. Quelques heures après, les trois hommes enregistraient en studio quelques compositions signées Beger.

Témoins de cette rencontre, deux volumes ont déjà paru. En introduction du second, la section rythmique installe un décorum complexe et chaleureux sur lequel le saxophone entre prudemment, avant de révéler, plus nonchalant, un goût pour la redite, le tout rappelant les manières de Ken Vandermark
(Evolving Silence).

Passé à la flûte, Beger peine ensuite à se montrer capable d’audaces sur un Duo #3 qu’il improvise en compagnie du contrebassiste. Revenu au ténor, il se laisse heureusement porter par le jeu de Drake sur Funky Lacy, pour sublimer enfin, motivé par l’insistance avec laquelle ses partenaires l’invitent à dérailler, une composition un brin dramatique, Skies of Israel.

Sur Evolving Silence, Vol.2, Albert Beger parvient donc à oublier sa politesse, et se permet quelques interventions convaincantes, quand Parker et Drake donnent d’autres preuves de leur talent, ajoutant à leur créativité coutumière une habileté salvatrice.

CD: 01/ Evolving Silence 02/ Duo #3 03/ Funky Lacy 04/ Skies of Israel

Hamid Drake, Albert Beger, William Parker - Evolving Silence, Vol. 2 - 2006 - Earsay Records.

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Philip Samartzis, Lawrence English: One Plus One (Room 40 - 2006)

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Derrière tourne-disques, les Australiens Philip Samartzis et Lawrence English fabriquent sur One Plus One quatre titres dépouillés et sensibles.

S’ils prônent une approche expérimentale, les musiciens déposent avant tout de minuscules constructions rythmiques faites de boucles, cliquetis et frottements répétés (Faster Than Cold). Chose faite, ils peaufinent une ambient dérangée sans cesse par des interventions diverses - sample de musique ancienne (Gut Bucket Blues), tentations claustrophobiques (Phosphorescent Clouds) ou éléments épars d’un bestiaire sonore inventé (Goin’Back Home). Tous efforts convaincants, sur une vingtaine de minutes, de l’acuité du duo.

CD: 01/ Faster Than Cold 02/ Gut Bucket Blues 03/ Goin' Back Home 04/ Phosphorescent Clouds

Philip Samartzis, Lawrence English - One Plus One - 2006 - Room 40.

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Antonio Guzman: Charlemagne Palestine, Sacred Bordello (Black Dog Publishing - 2004)

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Publié sous la direction d’Antonio Guzman, directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Valenciennes, Sacred Bordello revient sur la carrière de Charlemagne Palestine, musicien minimaliste américain inventeur de la strumming music, mais aussi sculpteur iconoclaste.

Concernant la musique, l’ouvrage présente deux interviews données par le pianiste au journaliste Edwin Poncey pour The Wire – là, le lecteur suit le parcours d’un enfant chantant à la synagogue devenu carillonneur puis expérimentant à coups de drones an Californie -, ainsi que des textes signés Arnaud Labelle-Rojoux - consacré à la démarche extravagante des pratiques artistiques de Palestine - et Guy de Bièvre - compositeur belge qui insiste ici sur la dimension performante des concerts donnés par le pianiste, parti, comme l’alchimiste auquel il se compare lui-même, à la recherche du son en or. Cette pratique musicale intense et capable, parfois, de générer l’incompréhension, a contraint Charlemagne Palestine à trouver ailleurs un moyen de gagner sa vie.

Les installations artistiques seront celui-là. Dès la deuxième moitié des années 1970, Palestine fait de la peluche le matériau de prédilection à partir duquel il bâtira son œuvre. Révélateur d’un nouvel animisme, il confronte alors classicisme et kitsch, bon goût et mauvais, impact culturel et geste vulgaire, comme le note Antonio Guzman, et révèle sa pratique jusqu’à penser un ours dieu, God Bear monumental fait pièce maîtresse d’un oeuvre aux confluents de l’Art Povera et de l’art brut, fantasmant un Joseph Beuys donnant soudain dans l’art naïf. Exhaustif, l’ouvrage donne à voir de nombreuses photos de ces sculptures et installations – tortues sous offrandes de fleurs, fétiches détournés, ganesh revisité, ourson immaculé tenant à respect le spectateur à l’aide d’un revolver. Soit, un monde réinventé en parfaite adéquation avec la partition intérieure de son créateur (voir la sélection d’exhibitions, de performances, d’expositions, de disques et de vidéos en fin d’ouvrage), et qui complète le portrait de l’enfant en artiste auquel s’est attelé Sacred Bordello, livre qui glorifie le musicien habité capable de gestes inconsidérés qui ont depuis longtemps abandonné la plupart de ses collègues - poseurs et promoteurs soi-disant artistes, en vérité marchands de biens pseudo culturels pas reconnaissants, en plus, de s’en sortir à si bon compte.

Antonio Guzman (sous la direction de): Charlemagne Palestine, Sacred Bordello, Londres, Black Dog Publishing, 2004. Edition en français: Editions de l'aquarium agnostique.

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Alexander Von Schlippenbach: Winterreise (Psi - 2006)

schlipsliExtraits de l’enregistrement de deux concerts donnés au Loft de Cologne en 2004 et 2005, Winterreise redit l’assurance avec laquelle Alexander Von Schlippenbach (piano), Evan Parker (saxophone ténor) et Paul Lovens (percussions) continuent d’interroger ensemble l’improvisation. De deux manières différentes…

Frénétique, d’abord (Winterreise 1). Les ruades de Schlippenbach ne mettant pas longtemps à pousser Parker au free flamboyant, quand Lovens trame dans l’ombre un exposé brillant des possibilités des cymbales et toms. Se réservant quelques pauses, le trio peut laisser discourir seul un piano aux déliés romantiques, avant de dévaler une nouvelle pente abrupte, plage de musique emportée sur laquelle chacun excelle.

Prudent et plus sombre, ensuite (Winterreise 2). Là, les graves lents et réverbérés du piano s’opposent à la pratique expérimentale de Parker, qui traîne ses notes sur les sifflements fomentés sur cymbales par Lovens. Légère, la main droite de Schlippenbach ose des interventions plus concrètes qui inciteront l’ensemble à charger à nouveau, pour conclure, en destructeurs, un disque remarquable.

CD: 01/ Winterreise 1 02/ Winterreise 2

Alexander Von Schlippenbach - Winterreise - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.

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Glenn Branca: Indeterminate Activity of Resultant Masses (Atavistic - 2006)

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Enregistré en 1981 dans les studios de Radio City à New York, Indeterminate Activity of Resultant Masses voit Glenn Branca diriger une dizaine de guitaristes – parmi lesquels on trouve Lee Ranaldo et Thurston Moore – afin de servir une No Wave orchestrale qui dérangera jusqu’à John Cage.

Dans une interview donnée à entendre en deuxième plage du disque, le compositeur soupçonne en effet Branca de verser avec cette pièce dans le côté obscur de la farce, affirmant même que si le but de Branca avait été d’essence politique, il aurait eu à voir avec le fascisme. Ce par quoi Cage dit avoir été dérangé est la puissance brute d’une œuvre capable de contraindre qui l’écoute.

Portée par les saccades de la batterie, Indeterminate se met lentement en marche puis adopte une allure fluctuant au contact des canons fomentés par les guitares et des phases écrites d’essoufflements. Grandiose quelques fois selon le vœu d’unissons décidés, agréablement chaotique ailleurs lorsqu’elle arbore les dissonances obligatoires de gestes devenus automatiques.

Plus que le fond du propos de Cage, ses termes maladroits permirent la polémique. Différent anecdotique opposant deux façons d’envisager le traitement concret d’une verve créatrice et virulente que Branca saura relativiser selon l’intelligence de ses compositions : l’emportant tout à fait avec Indeterminate ; courbant l’échine au son d’Harmonic Series Chords, morceau enregistré en 1989, qui fait ici figure de bouche-trou d'intérêt tout relatif.

Glenn Branca : Indeterminate Activity of Resultant Masses (Atavistic / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1981. Edition : 2006.
CD : 01/ Indeterminate Activity of Resultant Masses 02/ So That Each Person Is In Charge of Himself
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Music and the Creative Spirit. Innovators in Jazz, Improvisation, and the Avant Garde (Scarecrow Press - 2006)

petergrisliCollaborateur régulier du magazine américain Downbeat, Lloyd Peterson rassemble dans Music and the Creative Spirit 42 témoignages que lui ont accordés des musiciens (*) qu’il qualifie (à raison pour presque tous) de novateurs, évoluant dans le champ d’un jazz en évolution perpétuelle au contact d’un répertoire d’influences éclaté plutôt que confortablement installés dans une tradition qu’il faudrait absolument entretenir.

Sans mentionner la date à laquelle se sont déroulés les interviews – seul défaut majeur de l’ouvrage -, Peterson fait défiler une galerie judicieuse de personnages ayant à dire sur un style qui, comme le note le trompettiste Dave Douglas dans la préface, n’a jamais autant évolué que ces quarante dernières années.

Alors, on trouve Derek Bailey avancer que les deux grands principes qui animent sa pratique musicale sont l’indifférence et la non familiarité avant de se dire musicien conventionnel ; plus loin, William Parker lâche que la compréhension n’est pas du domaine de la beauté ; Steve Lacy, dans le fac-similé d’une lettre adressée à l’auteur, conseille, lui, de laisser la musique parler d’elle-même plutôt que de la contraindre à l’exercice de la théorisation.

Plus prolixes, d’autres expliquent le rapport qu’ils entretiennent avec leur art – Hamid Drake révélant, à la suite d’Albert Ayler, le lien étroit entre la portée musicale de l’univers et la portée universelle de la musique, quand David S. Ware confie que la spiritualité l’a amené à ne plus jouer pour sa notoriété – ou tentent de mettre au clair les affinités de leurs pratiques - Ikue Mori parlant de la scène bruitiste japonaise, Otomo Yoshihide de son rapport au courant Onkyo.

Ailleurs encore, Barry Guy revient sur son expérience au sein du London Jazz Composers Orchestra, George Lewis et Wadada Leo Smith évoquent la grande époque de l’A.A.C.M., tandis qu’autour de Peter Brötzmann, Ken Vandermark, Mats Gustafsson, Joe McPhee et Paal Nilssen-Love discutent, le temps d’un tour de table intelligent, d’improvisation autant que de société, de leur rapport au public autant que de politique.

(*) Fred Anderson, Derek Bailey, Joey Baron, Tim Berne, Peter Brotzmann, Regina Carter, Chicago Roundtable, Marilyn Crispell, Jack DeJohnette, Dave Douglas, Hamid Drake, Bill Frisell, Fred Frith, Annie Gosfield, Mats Gustafsson, Barry Guy, Dave Holland, Susie Ibarra, Eyvind Kang, Steve Lacy, George Lewis, Pat Martino, Christian McBride, Brad Mehldau, Myra Melford, Pat Metheny, Jason Moran, Ikue Mori, David Murray, Paal Nilssen-Love, Greg Osby, Evan Parker, William Parker, Joshua Redman, Maria Schneider, Wadada Leo Smith, Ken Vandermark, Cuong Vu, David S. Ware, Otomo Yoshihide, John Zorn.

Lloyd Peterson, Music and the Creative Spirit. Innovators in Jazz, Improvisation, and the Avant Garde, Scarecrow Press, 2006.

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David Toop : Sound Body (Samadhisound, 2007)

david toop sound body

Auprès d’invités de taille (Clive Bell, Rhodri Davies, Günter Müller, Rafael Toral, entre autres), David Toop dresse un monument électroacoustique de quiétude sonore.

Absorbant les passions qui animent son auteur pour l’ambient électronique et la musique de gamelan, l’album délaye sur cinq titres une musique lasse faite de nappes étirées et d’interventions sur percussions de bronze ou de bois. Frôlant parfois la plage silencieuse (Decomposition), la musique de Toop peut rappeler celle, spectrale, d’Eno (Falling Light), ou réinventer une nature des origines – autant dire chimérique – en animant une nuée d’oiseaux rares, urubus découverts dans les limbes d’instruments (Heating & Cooling, Slow Pulse).

Ailleurs, sauvages, quelques voix enregistrées, l’incursion de larsens ou de notes rares sorties d’une flûte de bois, rehaussent le concret du propos, absorbé quand même par la contemplation transcendante et érudite que distille, discret et sophistiqué, Sound Body.

David Toop : Suond Body (Samadhisound)
Edition : 2007.
CD : 01/ Falling Light 02/ Auscultation 03/ Decomposition 04/ Heating & Cooling 05/ Slow Pulse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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