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Exploding Customer: Live at Tampere Jazz Happening (Ayler - 2005)

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La bière ou le doute. Voilà les raisons que pourrait trouver le quartette suédois Exploding Customer pour expliquer la force avec laquelle il rua dans les brancards d’un folklore jazzeux et festif, No Smoking Orchestra simiesque - pas désagréable sans doute pour les amateurs du genre, mais acceptable en quoi pour les autres -, en introduction d’un concert donné le 6 novembre 2004 au Tempere Jazz Happening (Finlande).

Mais à des musiciens de qualité, on peut bien pardonner le doute ou la boisson. D’autant qu’accepter un album amputé de deux ou trois morceaux n’est pas tellement de sacrifices, une fois pris en compte les mille manières de rattraper la chose. Ailleurs, donc, le saxophoniste Martin Küchen mène sa formation avec éclat, et multiplie les incartades moins entendues.

Tissant un dialogue répétitif et dissonant avec le trompettiste Tomas Hallonsten, Küchen ne peut plus cacher le culte qu’il voue à Dolphy (Quoting Frippe). Avançant sur les fragments de la batterie éclatée de Kjell Nordeson (vu déjà aux côtés de Mats Gustafsson ou Peter Brötzmann), il ne peut empêcher non plus que le gagne le souvenir des marches fantasques d’Ayler (The Prophet’s Ad).

Sur un gimmick de basse imposé par Benjamin Quigley, le quartette emprunte la voie qui le mènera à une New Thing sérielle et envoûtante défendue jadis par Ronnie Boykins ou Ran Blake (The Crying Whip). Un écart, encore, vers un folklore d’Europe centrale, mais maîtrisé, cette fois, dense et s’amusant de l’effacement et de la redisposition lente du thème (Peace Is Not For Us II).

Enfin, le déroulement sage d’un free bop faisant allégeance aux constructions de Monk (Gone Herero) et un free condensé à la manière de Vandermark (A Broken Glass). Exécutés avec adresse, mais qui ne pourront rien contre le retour, en guise de final, des accents de fête feinte (Too Much Money). Pas le doute, donc, ni la bière. L’illusion, peut-être, qu’il faut convaincre l’assistance qu’on lui donnera à entendre ce qu’elle ne peut qu’accepter, pour la mener ensuite jusqu’aux frasques inhabituelles.

CD: 01/ Mr BP (D) 02/ Child, Child 03/ Quoting Frippe : (What’s The Name Of The Bass Player ?) 04/ The Prophet’s Ad (Bowing For The Man ?) 05/ The Crying Whip 06/ Peace Is Not For Us II 07/ Gone Herero 08/ A Broken Glass 09/ Too Much Money

Exploding Customer - Live at Tempere Jazz Happening - 2005 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.

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Toshiya Tsunoda : Ridge of Undulation (Häpna, 2005)

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Connu pour la patience avec laquelle il se penche sur les trajectoires sonores les plus imperceptibles, Toshiya Tsunoda modère son propos, sur Ridge of Undulation, par l’exposé d’enregistrements de phénomènes naturels colossaux.

Dans les deux cas, il nomme chacun des fruits de ses expériences afin de les expliquer un peu. Eclaircissant ses intentions en révélant la disposition à l’origine de ses relevés, il peut répandre sur pistes quelques cristaux de larsens voués au changement sous l’effet d’oscillations et de fréquences variées (Sine waves mixed with the sound of a vibrating surface_1, Metal pieces with high frequencies), ou préférer s’abandonner à des field recordings qui lui échappent un peu plus.

Alors, Tsunoda rend sur bandes des souvenirs personnels, transformés pour l’auditeur en pièces choisies d’ambient instinctive : va et vient de vagues (Seashore, Venice beach_31 Jul 01), tempête éprouvée (At Stern, Tokyo Bay_11 Dec 97) ou ondes frémissantes d’une arrivée de quel engin en baie (Arrival, Kisarazu bay_11 Dec 97). Datés, toujours, ces enregistrements respectent le même principe de clarté délibérée, là pour renseigner sur les méthodes employées. Rassemblés, le presque infiniment grand et le presque infiniment petit ont été mis en boîte sur Ridge of Undulation. Que l’on ouvre, pour permettre le rapprochement des contraires, une fois avoir accepté de se laisser aller au gré de l’eau qui charrie ou du vent qui déforme. Et de se convaincre qu’une expérience ne trouve pas sa raison d’être seulement dans sa préparation.

Toshiya Tsunoda : Ridge of Undulation (Häpna)
Edition : 2005.

CD : 01/ Sine waves mixed with the sound of a vibrating surface_1 02/ Seashore, Venice beach_31 Jul 01 03/ An aluminum plate with low frequencies_1 04/ Metal pieces with high frequencies 05/ At Stern, Tokyo Bay_11 Dec 97 06/ Arrival, Kisarazu bay_11 Dec 97 07/ An aluminum plate with low frequencies_2 08/ Sine waves mixed with the sound of a vibrating surface_2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Susanne Brokesch: Emerald Stars (Chicks on Speed - 2005)

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Avec Emerald Stars, son troisième album, l’autrichienne Susanne Brokesch tourne la page d’une ambient à laquelle elle avait jusque là travaillé, pour interroger les manières d’établir une combinaison satisfaisante entre songwriting, pop et expérimentations légères. La tentative se divise en deux parties presque égales : sur la première, Brokesch défend ses propres compositions, quand elle préfère interpréter, sur la seconde, un titre de Bowie (Heroes) et quatre pièces du compatriote compositeur Hugo Wolf.

Comme pour faire le lien, le début d’Esmerald Stars présente une ambient minimale, faite de construction rythmique modelées d’après Kraftwerk, pour le côté obscur du rappel (The Emerald Stars In The Sky, qu’elle reprendra en guise de conclusion, y incorporant un bruitisme gentillet), ou de nappes de claviers supportant le poids de carillons artificiels, pour le côté mièvre du même rappel (The Art Of Missing The Bus).

C’est donc en Like A Hologram, piécette downtempo désinhibée, qu’il faut voir le premier et véritable essai là pour satisfaire les nouvelles aspirations de Brokesch. Une voix éloignée révèle l’influence évidente de Björk, pourquoi pas de Stina Nordenstam – parallèle envisageable aussi à l’écoute de To Go Back. Et voilà (presque) tout, jusqu’à ce que quelques chocs légers et une incrustation crachante imposent The Missing Records Are Private, aux traînées repérables d’électronique filante.

Après un Heroes sur boucle rythmique crasseuse et guitare expectorante, Brokesch s’attaque à ce qui sauvera indéniablement le disque : la reprise réfléchie de 4 lieds d’Hugo Wolf. Evoquant, dans leur version originale, de blondes et laiteuses jeunes filles perdues en forêt qui, de désespoir, s’allongeaient parmi les feuilles mortes pour mieux attendre une mort gothico-prussienne, les voici réactualisés. Investissant le domaine de l’atmosphère, Brokesch écrit là une chronique stellaire proche des enregistrements de Yann Tomita (Nachtzauber), ou confesse la séduction opérée sur elle par la musique sérielle, et notamment celle de Philip Glass (Verschwingene Liebe).

La lecture d’Emerald Stars pourrait être comparée à une promenade devenue aventure. Inexistant parmi l’étendue verte d’un paysage naïf, l’intérêt affleure quand le ciel s’assombrit. L’auditeur butte sans cesse avant d’apercevoir la lumière, jaillissant d’une cathédrale de glace. A cet instant, peu importe que le parcours ait été, ou non, programmé.

CD: 01/ The Esmerald Stars In The Sky 02/ The Art Of Missing The Bus 03/ Like A Hologram 04/ The Missing Records Are Private 05/ Heroes (History Remix) 06/ Der Soldat 07/ Nachtzauber 08/ Stille Liebe 09/ Nachtzauber (Fantasie) 10/ Das Ständchen 11/ Verschwingene Liebe 12/ To Go Back 13/ The Esmerald Stars In The Sky (Reprise)

Susanne Brokesch - Emerald Stars - 2005 - Chicks on Speed Records. Distribution Nocturne.

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Trio Derome Guilbeault Tanguay: The Feeling of Jazz (Ambiances magnétiques - 2005)

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Dans le livret de The Feeling of Jazz, le saxophoniste Jean Derome écrit : « Je ne sais pas pourquoi des blancs francophones jouent du jazz en 2005 à Montréal. » Plus loin, au lieu de se satisfaire d’un expéditif « Pourquoi pas ?», il trouve une réponse d’une simplicité qui le pare de toute attaque critique : « Cette musique est tatouée dans nos cœurs et nous la jouons parce que nous l’aimons et que ça nous rend heureux de le faire. »

Ce discours, vomitif lorsqu’il est tenu par un musicien dont la médiocrité de l’étoffe est aussi discernable que l’ignorance qu’il a d’un art qu’il s’autorise à transformer en addition de propositions vulgaires et vides, porte ici l’entier album avec conviction. Et trois blancs de Montréal d’investir des standards avec insouciance, animés non par le désir de bien faire, mais par celui de le faire, tant qu’il leur plaira.

Alors, avec Jump for Joy, on entame une sélection ouverte, prônant la diversité la plus libre : Ellington, donc, se trouve ici repris, mais aussi Sonny Clark (le swing brillant de Sonny’s Crib), Misha Mengelberg (A Bit Nervous, Rollo II), ou quelques thèmes issus du répertoire de Dolphy (Jitterbug Waltz) ou Billie Holiday (Getting Some Fun Out of Life). A chaque fois, la section rythmique, assurée par Normand Guilbeault (contrebasse) et Pierre Tanguay (percussions), est irréprochable – classique, certes, mais efficace.

Quant à Derome, il pose sans paraître concéder le moindre effort son saxophone, sa flûte, ou sa voix. Car le jazz n’est pas qu’instrumental, et comme le trio l’apprécie dans sa globalité, il lui faut aborder la sous-section vocale. Faisant peu de cas de ce qu’on pourrait facilement lui reprocher, Derome frotte ses cordes à un thème de Cole Porter (Five O’Clock Whistle), repeint en noir You’d Be So Nice To Come Home To, ou inocule un peu de rock – voire, de punk – au mille fois ressassé I Won’t Dance. Sur les paroles défendues jadis par Billie Holiday, le trio persiste : « May be we do the right thing, May be we do the wrong », répétant qu’il ne sert à rien de chercher à estimer la valeur des résultats.

C’est d’ailleurs dans cette certitude qu’il faut repérer la pièce maîtresse de la mécanique de The Feeling of Jazz, d’où aura découlé toute la qualité. Générant le plus souvent quelques gènes porteurs de tares abîmant l’oreille, la priorité du désir sur tout le reste trouve chez Derome, Guilbeault et Tanguay, l’exception confirmant sa règle dommageable.

CD: 01/ Jump for Joy 02/ The Feeling of Jazz 03/ Sonny’s Crib 04/ Five O’Clock Whistle 05/ You’d Be So Nice To Come Home To 06/ Jitterbug Waltz 07/ A Bit Nervous 08/ It’s You or No One – It’s You 09/ I Won’t Dance 10/ Rollo II 11/ Getting Some Fun Out of Life

Trio Derome Guilbeault Tanguay - The Feeling of Jazz - 2005 - Ambiances magnétiques. Distribution Orkhêstra International.

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Foxes Fox : Naan Tso (Psi, 2005)

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Sous le nom de Foxes Fox, un quartette occasionnel, emmené par le saxophoniste Evan Parker, s’est récemment réuni dans l’intention de marquer en musique les derniers coups portés en Angleterre par le batteur Louis Moholo. C’est qu’il fallait à celui-ci retrouver son pays, l’Afrique du Sud, quittée jadis pour cause d’Apartheid.

27 octobre 2004, au Gateway Studio de Londres, sans la moindre introduction, le groupe s’acharne à faire éclater les perturbations, rue dans les brancards, au son des rebonds aériens et des roulements affables de Moholo. Une coupe nette, et le batteur distribue les coups profonds sur tom basse, quand John Edwards tend sa contrebasse d’attaques courtes suggérant bientôt la reprise des hostilités. Après avoir ingénument défendu une phrase répétée jusqu’à ne plus pouvoir la retenir, Parker s’engage avec Steve Beresford dans un inextricable dialogue saxophone / piano. Frôlant l’anthologie, il pourrait résumer à lui seul l’essentiel de la fougue ici déployée si soustraire un seul geste de la somme fantasque qu’est Naan Tso n’était pas illusoire. Après une demi-heure, l’improvisation se termine dans les grincements divers et les boucles de cordes pincées.

D’inspiration plus légère, Slightly Foxed débute par les impacts sauvegardés des doigts d’Edwards sur son instrument. Beresford n’intervenant pas, Parker gagne encore en présence, et distribue comme il l’entend ses phrases grâce au soutien de Moholo, discret mais immanquable. Infaillible, toujours et encore, sur Reinecke Gefettet, sur lequel le quartette reconstitué dresse une composition sur l’instant, grave et emportée. Où Beresford, pas revenu pour rien, badinera à loisir sur un piano réverbéré, jusqu’au chaos grandiose.

Ne restait plus, pour l’équilibre de Foxes Fox, qu’à Edwards de revendiquer mieux. Omniprésent sur Renard pâle, Parker n’en permet pas moins au contrebassiste d’arriver à ses fins : attaquant à grands coups d’archet le bas de son instrument, il tisse un accompagnement insatiable et libérateur, décidant d’une pause à partager, avant d’inviter Moholo à le rejoindre le temps d’un duo dense et concis. La session close sonne l’heure de l’au revoir. Et toutes les boîtes du monde de souhaiter un jour organiser un semblable pot de départ.

Foxes Fox : Naan Tso (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 octobre 2004. Edition : 2005.
CD : 01/ Naan Tso 02/ Slightly Foxed 03/ Reinecke Gefettet 04/ Renard pâle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Steve Lacy: Solo (In Situ - 1991)

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Le 6 décembre 1985, Steve Lacy donnait à la galerie Maximilien Guiol, Paris, un concert en solo. Exercice qu’il appréciait, attenant à un auditoire respectant à peine la distance minimale imposée par la taille de son saxophone soprano. Comme souvent, Lacy débute par un hommage à son maître, Thelonious Monk, dont le Work avoue l’influence plus qu’évidente, l’ancrage initiatique qu’il arrive aussi aux compositions personnelles du saxophoniste de trahir (Clichés, ici ; Prospectus, ailleurs).

Attentif à ce qu’il est capable de ressentir et à ce qu’il doit traduire sur l’instant, Lacy enchaîne 8 morceaux. Evidemment introspectifs, mais autant à l’écoute de l’interprète que des propositions du soprano, médium chargé de possibilités et de couleurs diverses. Alors, un référent introductif tourne en rond avant de suivre la trajectoire d’une spirale tout juste éclose, récitation par cœur d’un mini thème répétitif affublé de digressions (Morning Joy). Le changement accordé toujours, revendiqué par les séries et les silences, aussi léger soit-il (Coastline).

Considérant son instrument sous toutes les coutures, Lacy ne le charge jamais sans avoir préalablement pesé le pour et le contre. Accueillant la phrase qui s’impose seulement lorsqu’elle peut s’avérer adéquate, qu’elle sorte d’on ne sait où (Rimane Pooo) ou manipule un thème connu forçant aux portes (échantillon galvaudé d’I Got Rythm en ouverture de Deadline).

L’expérience est exclusive et le jeu parfois impersonnel. Jamais austère, parce que toujours estimé avant d’être rendu, abandonné, offert. La force de Lacy se trouvant dans le partage évident d’une épreuve artistique qui aurait pu ne concerner que lui. Et, don ultime, qu’il permet au spectateur de suivre, voire, de comprendre.

CD: 01/ Work 02/ Morning Joy 03/ Coastline – Deadline 04/ Clichés 05/ Retreat 06/ The Gleam 07/ Rimane Poco

Steve Lacy - Solo - 1991 - In Situ. Distribution Orkhêstra International.

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David Murray: Waltz Again (Justin Time - 2005)

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Depuis Charlie Parker, de nombreux musiciens ont compté sur l’apport d’une section de cordes pour envisager autrement le jazz. Aux sérieuses intentions du Third Stream s’opposent les tentatives sincères de Clifford Brown, Julius Hemphill ou Arthur Blythe, et plus récemment, celle à moitié transformée de Sonny Simmons. En 2002, David Murray se frottait en quartette – Lafayette Gilchrist (piano), Jaribu Shahid (contrebasse), Hamid Drake (batterie) – à l’expérience.

D’ambition plus affirmée, son Waltz Again nécessita la compagnie d’une dizaine de musiciens classique. Allant et venant sur le free introductif de Pushkin Suite #1, ils suivent les arrangements réfléchis de Murray, prenant tour à tour la forme de boucles lancinantes ou fantasmant l’intervention vagabonde d’un grand orchestre égyptien. Le long de 7 mouvements, le quartette hésite cependant sans cesse entre les attaques cinglantes et une démarche plus lyrique. Un accent de Prokofiev fait ainsi suite à une bande deux fois originale de film noir, les accents retenus de Drake ouvrant le passage aux progressions affreusement romantiques du piano.

Plus naïf dans sa forme, Waltz Again renoue avec la fraîcheur des premières expériences, et dépose un swing charmeur qui contraste avec l’efficacité recherchée plus loin dans le calcul d’un saxophone à l’unisson des cordes (Dark Secrets). Le discours grandiloquent gagne ensuite Steps – où les nappes de violons sauront bientôt motiver Murray à renouer avec ses capacités reconnues d’improvisateur -, avant de perdre totalement Sparkle, morceau jouant d’envolées faciles sur l’accompagnement d’un Gilchrist capable seulement de convenance.

Waltz Again de décevoir, au final. Apte à surprendre ici ou là, voici les quelques trouvailles rapidement mises à mal, et pas seulement par les parties de violons et violoncelles. Loin d’être les seuls à instiller un brin d’affectation, changé bientôt en pompe suffisante. De jazzmen qui suivent la partition pour ne pas perdre leurs partenaires venus d’ailleurs, et en rajoutent jusqu’à les surpasser bientôt en politesse stérile.

CD: 01/ Pushkin Suite #1 02/ Waltz Again 03/ Dark Secrets 04/ Steps 05/ Sparkle

David Murray 4tet & Strings - Walt Again - 2005 - Justin Time. Distribution Harmonia Mundi.

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People Like Us : Story Without End (Sonic Arts Network, 2005)

people like us story without end

Derrière People Like Us se cache Vicki Bennett, artiste oeuvrant depuis 1992 à l’édification de collages sonores - disques ou émissions de radio. Inspiré par Dada, les Surréalistes ou les incrustations couleur d’un monde de série B, son univers, résumé en quatre films musicaux, est aujourd’hui présenté sur DVD, produit pas les anglais décalés de Sonic Arts Network.

Parti à la recherche d’une American Way of Life éteinte, Bennett rapproche d’abord les images d’une utopie confondant progrès et suprématie et la mélodie doucereuse d’un conte de Noël servie par un robot de Capek entré en collision avec Fred Astaire (We Edit Life). Passé à l’utilisation d’une mélodie du bonheur, il cherche le contraste auprès de scientifiques déraisonnables et de leurs idées noires. Savants fous courant après les manières d’imposer ordre, beauté et bon goût, bientôt pris dans l’engrenage rouillé des vérités chaotiques (The Remote Controller).

L’étrange, ailleurs, mais concernant cette fois les conséquences possibles des désirs de conquête insatiables. Sous l’influence graphique des Monty Python et de Topor, Bennett imagine une Metropolis en feu sous le regard lointain d’une garçonne pas concernée et sur une citation de Satie (Resemblage). Plus proche d’un court métrage d’Hitchcock, cette fois, des enfants aux commandes de vies miniatures, sur Story Without End.

En quatre films courts et autant de compositions sonores évaluées, People Like Us démonte la culture populaire imposée pas des marionnettistes au pouvoir. Emmêle les ficelles, brouille les pistes de références galvaudées, et commande quelques valses pour faire naître chez le danseur l’insouciance nécessaire à l’équilibre, seul moyen de relativiser la folie des politiques de terreur.

People Like Us : Story Without End (Sonic Arts Network)
Edition : 2005.
DVD: 01/ We Edit Life 02/ The Remote Controller 03/ Resemblage 04/ Story Without End
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Tetsu Inoue: Yolo (DiN - 2005)

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Ayant collaboré avec élégance à des projets menés par Bill Laswell, Atom Heart ou Taylor Deupree, Tetsu Inoue n’a jamais cessé de se pencher en solo sur la tournure adéquate à conseiller aujourd’hui à la musique assistée par ordinateur. Neuvième album sous son nom, Yolo poursuit la quête d’une Ambient originale.

Pas effrayée à l’idée d’aller voir ailleurs qu’aux endroits destinés à ses nappes, celle-ci peut lorgner vers la pop au son de carillons synthétiques (Tane) ou du recours à un mini schéma mélodique (S Equation), vers l’expérimental (Sour Cloud) ou du côté d’un bruitisme vaporeux proche de celui de Rafael Toral (Particular Moments, Curve). Les méthodes appliquées convoquent les oscillations longues et les inserts légers (Remote), la réverbération et l’écho (O Shape), les répétitions discrètes (Spirit Of Data), et un reverse qui, d’effet, a été transformé en réel instrument (Particular Moments, Remote). Le tout englobé par des basses rassurantes, et fleuri d’émanations plus abstraites. Echappant, par là même, à la définition. Le geste précis, Inoue sait se contenter de peu, économe sur la forme, généreux d’une autre manière. Trompeuse, l’esquisse n’en est pas une. Derrière elle se cachait l’essentiel ramassé.

CD: 01/ Tane 02/ Remote 03/ Particular Moments 04/ Curve 05/ O Shape 06/ Flow 07/ S Equation 08/ Sour Cloud 09/ Super Nature 10/ Spirit Of Data

Tetsu Inoue: Yolo - 2005 - DiN. Import.

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Interview de Cyro Baptista

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Exceptionnel percussionniste brésilien, répondant avec enthousiasme aux sollicitations musicales diverses et variées, Cyro Baptista fait partie de ces créateurs protéiformes, salués souvent et excusés parfois par la mise en avant d’un manifeste personnel et original. Défendant la relativité des gestes, le sien gagne en mystère lorsqu’il approche, jusqu’à se fondre avec, les bizarreries d’un personnage qui cultive un penchant grisant pour l’absurdité, au point que délire et confusion mentale se trouvent parfois à deux doigts d’être confondues. Mais qu’importerait à Cyro, qui a choisi depuis longtemps de faire comme il lui plaît, travaillant l’antimoine musical ou réévaluant les limites du bon et du mauvais goût, ne perdant jamais le fil d’une réflexion qui profite des entremêlements ou répondant à la question qu’il préfère parmi les deux qu’on lui pose…

Cyro, où et quand êtes-vous né ? Je suis né au Brésil, où poussent les palmiers et chante le Sabia.

Comment êtes-vous venu à la musique ? C’est la musique qui est venue à moi / J’étais comme un aimant / J’ai cherché à fuir / Mais Elle m’a toujours débusqué.

Quelles étaient vos aspirations musicales lorsque vous étiez débutant ? Quelles sont-elles aujourd’hui ? Au début, mon voeu était de jouer des percussions lors de la plus grande manifestation dédiée à la vue et l’ouïe de l’humanité jamais donnée sur cette planète.

Et vous semblez ne jamais vous arrêter, jouant tellement que vous ne pouvez faire autrement que de côtoyer des musiciens différents – de Derek Bailey à Sting - et que l’on pourrait se demander si vous êtes toujours en accord avec la musique des disques pour lesquels vous avez enregistré… A partir du moment où je commence à me sentir en désaccord avec la musique que je joue ou avec celle que j’ai pu jouer, alors, au même moment, quelque part dans le monde, quelqu’un essaye, pour une raison inconnue, d’extraire les tripes du ventre d’un autre être humain. Mais, enfin ! Ce que je fais n’est que de la musique…

Certes, mais cette passion pour la musique au point de parfois privilégier la participation aveugle plutôt que l’édification d’une esthétique raisonnée est unique… Est-ce elle qui vous autorise à parfois reléguer l’esthétique au second plan ? La passion de composer et de jouer de la musique est ce qui façonne, transforme ou déforme la réalité de l’Esthétique.

Vous sortez aujourd’hui Love The Donkey, sur le label Tzadik. Son écoute établit un parallèle certain avec l’univers de Tom Zé… Pensez-vous que la musique d’aujourd’hui peut exister sans explorer son histoire ou ses traditions ? Love The Donkey est un disque basé sur les concerts donnés ces dernières années avec le groupe Beat The Donkey. Ce show s’est construit autour de mon envie de relier les sphères de la musique, du théâtre et de la danse. Pour cela, j’ai institué comme matériau de base un support très personnel, fait d’images de mon enfance et d’autres racines que je traîne avec moi. Beaucoup d’artistes, de nationalités et de backgrounds différents, sont passés par Beat The Donkey et ont contribué à la construction et à la déconstruction de l’histoire et des traditions sur lesquels nos spectacles ont été bâtis. C’est ce que Nana Vasconcelos appelle les « Traditions modernes. »

Est-il plus simple pour vous d’évaluer ces « traditions » aux saveurs brésiliennes depuis New York ? Je ne pense pas jouer d’une musique emprunte d’une quelconque saveur brésilienne. Je laisse ça à ceux qui jouent de cette bossa nova nouvelle formule très populaire en Europe. Love The Donkey défend une musique de bon et mauvais goûts, mélangée à des odeurs et à la sueur extraite de ce magnifique premier quart de siècle qui coule au rythme où je traîne mon cul dans La Belle New York. Bien sûr, dans chacun de mes enregistrements et concerts, on peut trouver le Brésil, mais pas parce que je suis une « marionnette folklorique » qui vient de là-bas. C’est plutôt évident, sur Love The Donkey, parce qu’on s’y délecte de la chair de chacun des représentants du paysage musical qui nous entoure. J’ai pu jouer avec des musiciens que j’aime, comme Tom Jobim, Caetano Veloso et Milton Nascimento. Mais j’ai aussi joué avec Santana, Art Blakey et John Zorn. The Donkey appartient au monde entier.

Cyro Baptista, novembre 2005. Remerciements à Dave Weissman.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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