Le son du grisli

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Matmos, Die Monitr Batss: Split Divorce Series 2 (Ache - 2005)

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Le single (7") que se partagent Matmos et Die Monitr Batss n’a aucun sens. Pas plus celui d’un rapprochement envisageable une minute que celui d’une confiance à avoir dans le résultat de l’union. Ce qui, d’ailleurs, était fait pour motiver le label Ache records, qui signe ici la deuxième référence d’une série de split single récemment entamée, et baptisée « Divorce ».

Mise en boucle, une attaque de cordes de guitare étouffées suffit à Matmos pour mettre en place On and On. Samplée, ensuite, voilà la trame rythmique imposant au duo de gérer au mieux les syncopes facétieuses, inflexions conduites droit au vacarme, jusqu’à ce qu’une pause soit décidée. Brutes, une basse et quelques accords bancals de guitare clarifient la situation. Du fatras sensible, Matmos est passé au binaire d’un rock minimal. Rugueux, brut, mais tiré bientôt vers l’irrémédiable cafouillage électronique.

Derrière un instrumental lumineux, il fallait que Die Monitr Batss s’en sorte, au moins avec les honneurs. Or, Black Out Cross rue sans attendre dans les brancards, guitares criardes et basse métallique étouffant les efforts visibles. Rattrapable, si n’avait été l’intervention vocale, qui rend comme elle peut une mélodie déjà vide, et rappelle certaines désillusions punko-maussades datant d’il y a plus de vingt ans. Alors, le groupe cherche un autre moyen de se faire remarquer, et découpe rythmiquement son morceau. Peine perdue, les changements n’amènent pas la moindre inspiration ; délimitent seulement de mièvres pièces rapportées.

Voici le deuxième enfant du divorce : profil de schizophrène brillant ou brouillon, selon l’endroit vers où on le tourne. A Ache Records, maintenant, d’en assumer la paternité. Aidé quand même par Matmos, qui aura su sauver la (première) face.

7": A/ Matmos : On and On B/ Die Monitr Batss : Black Out Cross

Matmos / Die Monitr Batss - Split Divorce Series 2 - 2005 - Ache Records.



Dave Burrell: Expansion (High Two - 2004)

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Sideman incontournable des grandes heures du free, le pianiste Dave Burrell n’a pour ainsi dire jamais supporté les médiocres compagnies. Son Full-Blown Trio le prouve encore aujourd’hui, confié à une section rythmique de choix, unissant l’excellence d’Andrew Cyrille à la fougue maîtrisée de William Parker.

Dès l’ouverture (Expansion), le trio se montre brillant, menant une marche fantasque, sur laquelle les répétitions du piano font écho aux excès de la contrebasse d’un Parker possédé. Déluré, Cyrille ponctue arbitrairement le tout, jusqu’à choisir, en guise de conclusion, de démantibuler le mouvement.

Parfois velléitaires, les intentions peuvent servir un jazz martial et répétitif, passant des dissonances sages au chaos harmonique jusqu’à l’irrémédiable entente (About Face). Plus évanescents, les musiciens assemblent ailleurs des brouillons idéalistes (Double Heartbeat), ou échappent au jazz en confrontant, sans faire usage du rythme, des plages instrumentales à la recherche d’une assurance (Cryin’out Loud).

En solo, Burrell reprend un thème d’Irving Berlin (They Say It’s Wonderful), et se taille une veine classique histoire d’irriguer les contrastes. Avec In The Balance, par exemple, où Parker s’essaye à la kora - avec tout ce que cela entraîne stylistiquement -, pour mieux mettre en valeur un échantillon convaincant de musique américaine en déplacement ; en fuite, voire.

A l’abri, imposant à distance la marche à suivre, le Full-Blown Trio tire enfin les ficelles d’un Coup d’état tout en retenues, subtil et angoissant. Faussement serein, en tout cas irréprochable, répétant à l’envi qu’il est plus que jamais nécessaire de se méfier de l’eau qui dort.

CD: 01/ Expansion 02/ Double Heartbeat 03/ Cryin’out Loud 04/ They Say It’s Wonderful 05/ About Face 06/ In The Balance 07/ Coup d’état

Dave Burrell Full-Blown Trio - Expansion - 2004 - High Two. Distribution Orkhêstra International.


Barry Guy: Oort-entropy (Intakt - 2005)

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S’adonnant avec ténacité au mélange des genres (jazz, musique improvisée, contemporain), restait au contrebassiste Barry Guy à régler la question du nombre. Chose faite, sur Oort-entropy, dernier album en date, pour lequel il aura dû conduire neuf musiciens au sein d’un New Orchestra idéal.

Sur un traité de décomposition oscillant sans cesse entre l’unisson d’intervenants choisis et l’amalgame de décisions individuelles en réaction, l’auditeur n’a d’autre choix que de dresser la liste des atouts remarquables - options irréprochables du batteur Paul Lytton, couleurs fauves que le tromboniste Johannes Bauer distille à l’ensemble. Volée d’attaques incandescentes, Part I connaît aussi quelques pauses, convalescences prescrites par Guy et AgustÍ Fernández, pianiste imposant un romantisme inédit.

Les notes inextricables du duo Parker / Guy inaugurent ensuite Part II, pièce envahie par des nappes harmoniques sur lesquelles se greffent des souffles en transit, la flamboyance du trompettiste Herb Robertson, ou encore, l’étrange musique d’un monde de métal (coulissant, grinçant, résonant). Un hurlement de Mats Gustafsson règlera le compte des indécisions, ouvrant la voie au chaos instrumental, mené jusqu’aux flammes par la batterie de Raymond Strid.

Si Part I déployait en filigrane l’influence de Berio, Part III joue plus volontiers des tensions dramatiques d’opéras plus anciens. Majestueux, Evan Parker déroule des phrases derrière lesquelles tout le monde attend, fulgurances aigues sur énergie qui ne faillit pas. Dévalant en compagnie de Fernández les partitions en pente, le soprano mène une danse implacable, malheureusement mise à mal par l’intervention de Strid, qui vient grossièrement perturber l’évolution de la trame, jusqu’à la rendre trouble.

Si cette erreur de dosage n’avait été, Guy se serait montré irréprochable dans la conduite d’un microcosme en désagrégation, mis en reliefs par une palette irréprochable de musiciens en furie. Abrasif à la limite du délictueux et production léchée, il faudra aussi voir en Oort-entropy une référence indispensable à qui veut s’essayer à la cosmogonie des conflits de Barry Guy.

CD: 01/ Part I 02/ Part II 03/ Part III

Barry Guy New Orchestra - Oort-entropy - 2005 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.


Bill Evans, Eddie Costa : Complete Quartet Recordings (Disconforme, 2005)

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En 1958, Bill Evans pouvait encore n’être que co-leader. Aux côtés d’Eddie Costa, vibraphoniste luxuriant à l’existence trop brève pour s’être imposé plus, il participa à l’enregistrement de thèmes issus du répertoire de Frank Loesser. A la contrebasse, Wendell Marshall ; à la batterie, celui qui fera bientôt partie du mythique trio d’Evans : Paul Motian.

Les compositions choisies permettent la diversité des interprétations. De ses attaques légères, le pianiste fleurit des be bops enjoués (Guys And Dolls, If I Were A Bell), déploie ses harmonies lors d’un simili cool (I’ll Know), ou conduit une romance sur une Adelaide évoquée par tous avec élégance : la mélodie de piano poussée dans ses derniers retranchements, perturbée par les notes bleues de Costa, rassurée malgré tout par la confiance de Marshall.

Souvent sage, Paul Motian se montre parfois capable de ruptures inspirées. Pour beaucoup dans la réussite de Luck Be A Lady, il décide seul du laisser-aller nécessaire au développement d’un fourre-tout baroque sur lequel Evans interroge les mesures, quand Costa abuse sournoisement des digressions sur demi-tons. Moins convaincants lorsqu’ils se raidissent au seul souvenir de leurs maîtres - Milt Jackson pour Costa, Lennie Tristano pour Evans -, les co-leaders sont autrement évoqués dans un bonus imposé.

Alors, sur la septième plage, on peut entendre Django, enregistré sous la direction de Michel Legrand, en compagnie, entre autres, de Miles Davis et Paul Chambers. Hors sujet, le bonus, qui nous présente un Costa déposant étroitement la mélodie du thème sur la guitare de Galbraith, et Bill Evans élaborant avec la harpiste Betty Glaman un contrepoint sans charme. Ce genre de bonus artificiel, qui vous invite à relancer l’écoute pour revenir à l’essentiel.

Bill Evans, Eddie Costa : Complete Quartet Recordings (Disconforme / Socadisc)
Réédition : 2005.

CD : 01/ Guys And Dolls 02/ Adelaide 03/ If I Were A Bell 04/ Luck Be A Lady 05/ I’ve Never Been In Love Before 06/ I’ll Know 07/ Django
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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