Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Brian Willson: Things Heard Unheard (Deep Listening - 2005)

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Le piano de Yuko Fujiyama dévale la première piste de Things Heard Unheard, album emmené par le batteur Brian Willson. Investissant le champ improvisé en privilégiant les cymbales, il aura tôt fait de dévoyer son entier instrument, partie prenante d'un trio en verve. Fujiyama, donc, et Dominic Duval à ses côtés. Le reste est une question d'instants, et de combinaisons.

Alors, s'installent en duos les accès de fièvre du piano attisés par la batterie (Fractals), ou une pièce plus délicate mise en forme par l'archet de velours grave du contrebassiste (Birds In The Temple). Seul, Willson rend hommage à son maître de batterie, déployant son savoir-faire tout en refusant de se laisser emporter entièrement par son énergie (Dear Charlie).

A trois, les musiciens décident d'interludes discrets (Yuko II, Bamboo) qui contrastent avec le swing dégénéré de Bit by Bit (effets monkiens de Fujiyama sur les pizzicati précis de Duval) ou le chaos insatiable de To Remember, où s'en donne à coeur joie la patte nerveuse et dense d'explications de Willson.

Remarquable, aussi, le Tibet évoqué au son d'un bourdon tenu par la voix de Yuko Fujiyama, et dans lequel se mêlent la persistance des timbres des instruments et la lente procession des vibrations commandées. Adressant des idiomes de sagesse, Duval noue les fulgurances du trio et les mène jusqu'à l'harmonie indispensable au sujet. Quelques effets feutrés appliqués aux tourments, histoire de diversifier le propos. Sans jamais l'étouffer. Et Things Heard Unheard de trouver dans l'art de la mesure toute sa raison d'être.

CD: 01/ Yuko I 02/ Birds in The Temple 03/ Fractals 04/ Tibet 05/ To Remember 06/ Dear Charlie (in memory of Charlie  Perry) 07/ Yuko II 08/ Constellations 09/ Bamboo 10/ Bit by Bit

Brian Willson - Things Heard Unheard - 2005 - Deep Listening. Import.

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Ernesto Rodrigues: Dorsal (Creative Sources - 2005)

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Pour mener à bien sa tâche difficile, le violoniste Ernesto Rodrigues a décidé un jour de fonder Creative Sources, label consacré à la musique improvisée la plus contrariante. Pour l'auditeur, certes ; pour le musicien plus encore, qui a accepté d'aborder une musique qu'il faudra purger de tout artifice, débarrasser de référents mélodiques, infiltrer jusqu'à l'organe.

Car c'est là plus qu'ailleurs qu'on suppose la présence des intervenants. A force d'efforts, Ernesto Rodrigues, Manuel Mota et Gabriel Paiuk, disparaissent respectivement derrière un violon, une guitare, un piano. A l'intérieur, même, mettant tout leur coeur à gratter, frapper, tirer, chercher toujours d'autres moyens d'établir quelques preuves d'existence. Les cordes intègrent la section rythmique sans avoir le sens du rythme, quand les musiciens ne préfèrent pas tout simplement effleurer crin, nylon et bois (Tension).

Sur Lesion, l'archet ose une expression à laquelle répondra un piano servi à la cuillère. Une suite d'accords timides à la guitare, et c'en sera fait du remarquable jusqu'à Visceras, où l'on dissociera une autre fois le rythme des inspirations assumées en solo, qu'on aimerait d'ailleurs un peu moins frileuses, histoire de rendre moins monotone le défilement des secondes. Une musique vague qui ne connaît pas le ressac. Une couleur, presque, troublée par les ruptures d'Espinal, javellisée enfin par un archet assidu que soutient une guitare-berimbau à l'exotisme extrait (Inflamacion). Un disque inconseillable, faute d'amateur prêtant l'oreille et pas gêné de miser sur l'inconstant. Prêt aussi à parier, s'il veut avoir une chance d'être charmé par le combat que mène le trio contre les chimères mélodiques et les regrets d'y vouloir échapper.

CD: 01/ Tension 02/ Lesion 03/ Natural 04/ Visceras 05/ Espinal 06/ Inflamacion

Ernesto Rodrigues - Dorsal - 2005 - Creative Sources. Import.

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Un caddie renversé dans l'herbe: Atlas saltA (Map Lies, Border Lies) (Dekorder - 2005)

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Prolifique musicien brésilien installé à Barcelone, Didac Larriga a trouvé en Dekorder le label fidèle et encourageant, qui produit aujourd’hui Atlas saltA (Map Lies, Border Lies…), mini CD d’une vingtaine de minutes, sur lequel Un caddie renversé dans l’herbe poursuit une quête musicale intimiste, pleine de charme, mais trop souvent essoufflée.

Une fois les boucles rythmiques faites pièces maîtresses de ses morceaux, Larriga s’empare d’un mbira ou de flûtes, et pose quelques notes parfois maladroites, leitmotivs exotiques qui aimeraient inciter au voyage. Si l’on reste dans le domaine du souhait, c’est que, 3 fois sur 6, l’apathie l’emporte, et empêche la réalisation des rêves (souffles approximatifs sur Time, vide sidéral de Liar).

Heureusement, deux titres sauvent un peu l’ensemble. D’avoir été réfléchis plus que les autres, sans doute. Le premier, Miss, ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent des notes au prolongement naturel empêché par des coupes radicales, le tout sur fond de basses en surimpression. Quant au second, Atlas, il installe une construction rythmique faite de bouts de ficelle électronique, décorée par les progressions ressenties d’un simili piano et d’un mélodica.

Nul doute qu’Un caddie renversé dans l’herbe aurait gagné à proposer un ouvrage plus long. Le format d’Atlas saltA ne le permettait pas. Il suffisait alors de retoucher un peu, de raccourcir encore ; de choisir enfin de proposer un single irréprochable.

CD: 01/ When 02/ Time 03/ Overcomes 04/ Miss 05/ Liar 06/ Atlas

Un caddie renversé dans l'herbe - Atlas saltA (Map Lies, Border Lies) - 2005 - Dekorder. Distribution Metamkine.

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John Tchicai, Garrison Fewell, Tino Tracanna, Paolino Della Porta, Massimo Manzi : Big Chief Dreaming (Soul Note, 2005)

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Saxophoniste racé, sideman au générique d’albums aussi incontournables que New York Eye And Ear Control d’Ayler ou Ascension de Coltrane, John Tchicai n’a, depuis, cessé d’investir à ses manières l’avant-garde en jazz. Vaste, le propos ; qui plus, est, à développer sans cesse. Aux côtés du guitariste Garrison Fewell et du trio de Tino Tracanna, voici sa vision la plus récente de la chose.

Coloriste confirmé, Tchicai développe une inspiration amérindienne sur les enchevêtrements de la guitare et du ténor (Big Chief Dreaming), élabore un bop plaisant à partir d’un schéma d’accords emprunté au Friday The Thirteenth de Monk (Yogi In Disguise), et se perd, parfois et malgré l’assurance du timbre, au milieu d’une guitare abusant de répétitions grossièrement intentionnées (Prayer For Right Guidance).

Sauvant aussi, par la sonorité qu’il obtient de son instrument, un swing doré sur tranches (Simplicity), Tchicai signe un Heagende Skaerm majestueux, qui profite, lui, du savoir-faire de l’entier quintette en matière d’improvisation sur mouvements las. De clairvoyance, aussi, lorsque, emmenant Thriftshopping + Extension, la section rythmique rivalise de brillances avec une clarinette basse aux phrases en devenir, une guitare appuyée forçant le thème avec brio.

Ailleurs, Fewell laisse ses références l’envahir sur la cadence d’une marche égyptienne dédiée à Sun Ra (The Queen Of Ra), ou rappelle, en duo avec Tracanna, l’Easy Way de Jimmy Giuffre (Instant Intuition, Grappa To Go). Soit, un bilan fleuri des préoccupations du jour de cinq musiciens concernés, incorporant free, swing, cool et accents folks, sur un Big Chief Dreaming qui, s’il n’est pas incontournable, reste plus que convaincant.

John Tchicai, Garrison Fewell, Tino Tracanna, Paolino Della Porta, Massimo Manzi : Big Chief Dreaming (Soul Note / DAM)
Edition : 2005
CD : 01/ Instant Intuition 02/ Prayer For Right Guidance 03/ Big Chief Dreaming 04/ Simplicity 05/ The Queen of Ra 06/ Thriftshopping + Extension 07/ Basetto 08/ X-Ray Vision 09/ Grappa To Go 10/ Splinters No.1 11/ Haengende Skaerm 12/ Yogi In Disguise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michel Doneda : Solo las planques (Sillon, 2005)

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Impalpables, les preuves données par Michel Doneda d’une musique qui se refuse. Contribuant encore à assombrir un propos, voici le saxophoniste français inaugurant le catalogue d’un nouveau label, Sillón, qui ne s’occupera que de tirages limités à 500 exemplaires. C’est que la conception expérimentale des choses est ici jusqu’au-boutiste, définitive ; autoritaire, voire.

Il faut connaître bien les rouages du saxophone soprano pour repérer qu’il s’agit de cela sur Solo Las Planques. Distribuant les décharges de souffles différemment selon l’intensité, la trajectoire choisie ou une entière confiance en l’imprévu, Doneda s’en tient à des estimations de vitesse (DZ-DZZ), à une contemplation de vents en fuite (DZ). Obtenant enfin une note en mal de s’imposer, il envisage plutôt le grain des résidus (Endémique #1).

Jusqu’à ce que l’opiniâtreté trouve satisfaction dans des harmoniques appuyées par l’écho ; dans des sirènes demandant des comptes sur un espace sonore qu’il faudrait envahir entièrement (Veilles). Alors, une ronde de courants d’air peut mettre un terme aux velléités (La planche), et Doneda d’étoffer son discours au gré de quelques plaintes parties vite en fumées (DND).

Solo Las Planques est un disque abstrait comme un objet rare. Le reportage photographique d’un colloque de spectres tenu en plein désert. Les preuves apportées sont faibles, certes, mais promettent si bien. Et puis, en tendant un peu l’oreille, on soupçonne sans faiblesse une présence en rafales, allée et venue selon le flux et les soupirs. Impalpable, mais bel et bien passée. 

Michel Doneda : Solo las planques (Sillon)
Edition : 2005.
CD : 01/ DZ 02/ DZ-DZZ 03/ Endémique #1 04/ Endémique #2 05/ Veille 06/ La planche 07/ DND
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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