Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Konono No1 / The Dead C : Split Single (Fat Cat, 2005)

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Le 18ème titre de la série de Split singles format 12’’ instiguée par Fat Cat records a le charme des utopies minuscules menées à bien. Ici, la rencontre des antipodes, d’un Sud géopolitique et d’un Sud géographique, du Congo Kinshasa de Konono No1 et de la Nouvelle Zélande de The Dead C. L’expérience comme point commun le plus fondamental.

Fondé par les guitaristes Michael Morley et Bruce Russell, The Dead C est un groupe incontournable de la scène rock improvisé / expérimental depuis bientôt vingt ans. Référence (australe) pour Sonic Youth, Pavement ou Sebadoh, il pose, sur ce single, 3 titres en guise d’explication sonore. Déstabilisé par les ruptures de rythme du batteur Robbie Yeats, un garage désinvolte se met d’abord en place (1). La voix tente des incursions chaotiques sur ce titre de « studio », avant de se taire le temps de deux instrumentaux enregistrés en concert. Là, il est encore plus facile de se faire une idée du goût des deux guitaristes pour les larsens et saturations de toutes sortes (2). Sur le vif, on évalue des effets dont on aura bien le temps, plus tard, de juger de l’opportunité. Quoiqu’il en soit, les trajectoires des cordes sont inébranlables, quoi que tente la batterie, qui cèdera bientôt, pour enfin accompagner les expérimentations nouvelles sur mouvements lents (3).

Sur l’autre face – la première, même , Konono No1 avait déjà délivré sa façon d’envisager un partage de ce genre. Amplifiant de manière artisanale des instruments traditionnels comme le likembé, n’hésitant pas à user de mégaphones, le groupe déploie une musique folklorique tirant sa superbe du crachin des rendus, de saturations qu’on tolère, et d’une énergie contagieuse au son de récitatifs repris en chœur.

Alors, tout devient plus clair, et l’on comprend mieux ce qui a permis d’oser ce rapprochement. Enregistrant sans faire appel au re-recording ou à l’utilisation asynchrone des multipistes, The Dead C et Konono No1 ont, en plus, une manière similaire d’accueillir les surprises sonores et de bien traiter les parasites de passage : à la fois désinvolte et sagace, elle convainc du bien-fondé du parallèle imaginé.

Konono No1 / The Dead C : Split Single (Fat Cat Records)
Edition : 2005. 

12": A/ Konono No1 : 01/ Lufuala Ndonga 02/ Masikulu - B/
The Dead C : 01/ 1 02/ 2 03/ 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kevin Norton: Time-Space Modulator (Barking Hoop - 2003)

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20 années passées en tant que percussionniste aux côtés de Joëlle Léandre, Fred Frith, ou encore Eugene Chadbourne, n’auront en rien entamé la discrétion frôlant l’anonymat de Kevin Norton. L’homme est pourtant prolifique, multipliant les formules comme les manifestes, qu’il publie d’ailleurs aujourd’hui, pour la plupart, sur son propre label.

Tel est le cas de Time-Space Modulator, dans lequel son Bauhaus Quartet interprète des compositions signées Norton, à une exception près, pour le compte du Norton label, Barking Hoop. L’aventure compte pourtant d’autres protagonistes, et puisqu’il en faut, pourquoi ne pas les choisir comme on pourrait en rêver : Tony Malaby (saxophones), Dave Ballou (trompette, cornet) et John Lindberg (contrebasse).

Entre deux morceaux frénétiques - l’un porté par un swing en demande de décalages (Mother Tongue), l’autre au laisser-aller intense célébrant le final (Moonstruck) -, Kevin Norton se révèle être un impressionnant peintre de situations : d’explorations d’instants étirés (Microbig) en procession minimale (Atie Aife), d’hommage appuyé au maître Milt Hinton (Milt’s Forward Looking Tradition) en dissonantes retouches de mélodie facétieuse.

Ailleurs, le quartet arrive à mettre sur pieds des constructions aux particules étranges. Ainsi, sur une figure rythmique impeccable, on évoque à la fois Donald Byrd et David Lynch, avant de lier le tout d’un clin d’œil évident à l’Art Ensemble (Didkovsky). Une affaire d’atmosphère originale, mystérieuse parfois (Seoul Soul), qui court fièrement d’un bout à l’autre d’un disque frondeur et réussi.

CD: 01/ Mother Tongue 02/ Seoul Soul 03/ Didkovsky 04/ Milt’s Forward Looking Tradition 05/ Microbig 06/ Atie Aife 07/ Difficulty 08/ Moonstruck

Kevin Norton Bauhaus Quartet - Time-Space Modulator - 2003 - Barking Hoop.

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Anthony Braxton, Milo Fine: Shadow Company (Emanem - 2005)

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L'évidence avec laquelle Anthony Braxton multiplie les rencontres avec d'autres musiciens est une preuve : celle, irréfutable, d'une curiosité intacte qui a souvent abandonné les personnages de sa stature. Persuadé, Braxton sait que tout échange peut lui apprendre. Confiant, le voici aux côtés de Milo Fine, improvisateur touche à tout, dont la singularité ne fait aucun doute pour qui la guette de ce côté-ci du jazz.

Aux saxophones de Braxton, Fine opposera clarinettes, piano ou batterie. Le décor planté, reste à passer à la pratique d'improvisations en règle. De legato profitant des permissions en expérimentations sur un ténor fait matériau, Braxton modèle avec emphase les phrases intuitives. Canalisées, les voici plus convaincantes que si elles s'étaient imposées d'elles même, prétextant l'exclusivité d'une intuition intouchable. L'expérience, voilà tout.

Au piano, Fine accompagne les progressions de son aîné au son d'accords hésitants (Part 3), soutient, concentré, l'avancée du funambule sur des édifices à étages (Part 5), ou déploie une fougue incandescente qui divertit le saxophoniste dans son attente de la venue du dernier souffle, qui sera, forcément, le plus radical (Part 8). Lorsqu'un marteau démotivé engage au changement d'instrument, Fine choisit la batterie pour couvrir d'éclairs le parcours sinueux sur lequel serpente son partenaire (Part 9).

Plus tôt, il avait déjà exprimé des états d'âmes percussifs, exposés pour contrer les accès rauques d'un Braxton en majesté (Part 4). Envahissant, forcément, mais que Fine ne peut qu'approuver, au timbre de clarinettes qui participent bientôt à une perturbation de vents arides (Part 6). En guise de conclusion, elles poseront des aigus extrêmes sur les graves éreintés du ténor, dernières interrogations rageuses d'un dialogue que l'on souhaite insatisfait (Part 11). Non pas d'avoir été stérile ; plutôt de ne pouvoir poursuivre l'expérience plus longtemps.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7 08/ Part 8 09/ Part 9 10/ Part 10 11/ Part 11

Anthony Braxton, Milo Fine - Shadow Company - 2005 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Günter Müller : Perpectives (List, 2005)

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Difficile d’oser une description des travaux de Günter Müller. Périlleuses, les tentatives de percer au jour les moyens et manières appliqués à l’élaboration d’une oeuvre (presque) toujours énigmatique, voire insaisissable. La musique électronique expérimentale pour toute constante, commencer par chercher des indices du côté des conditions d’enregistrement.

Ainsi, Perspectives présente, retouchées à tour de rôle par Müller et son compatriote Steinbrüchel, des performances publiques menées ensemble dans cinq villes d’Europe. Genève, d’abord, où un développement sage subit des élongations de compulsions étouffées, accueille des parasites, et explore de manière exclusive des parallèles tout justes établies (Geneva, Part I). Genève toujours, ou les ondulations d’une basse atteignent et effritent des aigus suspendus (Geneva, Part II).

A Berlin, on s’empare d’insectes nocturnes réinventés, puis on les dispose sous cloche, où un buzz court déjà. Sagement, les harmoniques créées par un amalgame de nappes raccourcies y rêvent d’une tonalité seulement décorative. A Paris, on écoute la grenouille des origines de Brisset, avant - cela peut arriver - de connaître l’ennui. A Bâle, on abandonne les déplacements aériens pour entamer une plongée en eaux profondes, et en apnée.

Le jeu des résonances conduit ensuite Bologna à concevoir une musique concrète inédite, que Müller et Steinbrüchel envahissent sans peine en trouvant un itinéraire bis aux parcours habituels. Enfin, Paris, une dernière fois, sur les pas du guide Hervé Boghossian : Paris aux_ répète à l’envi des fréquences stridentes jusqu’à extinction naturelle des feux. Là se trouve le charme de Günter Müller : arriver à faire de sa musique un élément particulier de nature, tout autant qu’un complément amène du décor.

CD: 01-02/ Geneva, Part I 03–04/ Geneva, Part II 05–06/ Berlin 07-08 / Paris 09-10/ Basel 11-12/ Bologna 13/ Paris aux_

Günter Müller - Perspectives - 2005 - List. Distribution Metamkine.

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Cecil Taylor: All The Notes (Cadence Jazz - 2004)

taylorallgrisliAssouvir des penchants esthétiques radicaux tels ceux de Cecil Taylor n'est pas une mince affaire. Servir encore, parfois différemment, mais toujours plus intensément, un free jazz excessif et inaliénable, demande des efforts conséquents et sans cesse renouvelés.

Irrésolu ou inassouvi, Taylor ? En 2000, en tout cas, il investissait à nouveau le champ de l'improvisation frénétique, aux côtés de Dominic Duval et Jackson Krall, à Minneapolis. Trois nouvelles tentatives interrogent une perspective ambitieuse qui engage l'histoire d'une vie.

Et qu'importe qu'on remette l'ouvrage, puisqu'il s'agit d'éviter les redites. Dès l'Improvisation I, le sens d'All The Notes devient une évidence. D'un bout à l'autre du piano, Taylor n’a pas oublié d'accrocher une seule note, toutes incorporées à ses clusters déments, ou faites éléments de tentations mélodiques aussitôt ravalées. Confrontant des saccades mouvementées de graves et les schémas répétitifs aux ponctuations rythmiques de Krall, le pianiste laisse aussi carte blanche à Duval, qui, après de rapides pizzicatos, choisit d'imposer des phrases dominantes d'un archet décidé.

Au tour, ensuite, de Jackson Krall de donner la couleur. Tempétueuse, sur Improvisation II, le batteur jouant de roulements profonds et appuyés. Taylor, endurant, n'a pas cessé une seconde d'imaginer des assauts aigus, tout en recadrant, de temps indécis à autres, les digressions flottantes au moyen de basses autoritaires. Insatiable, il finira par animer les marteaux de manière virulente, charges de la dernière chance s'octroyant la permission des résonances, sur la délétère Improvisation III.

La réussite de trois nouvelles expériences sur un même schéma d'action conforte le choix arrêté par le pianiste des dizaines d'années auparavant. Musicien des origines (du free), Cecil Taylor n'a de cesse de promouvoir une seule et même cause. Et s'il n'en restait qu'un...

CD: 01/ Improvisation I 02/ Improvisation II 03/ Improvisation III

Cecil Taylor - All The Notes - 2004 - Cadence Jazz Records.

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Vinny Golia: A Gift for the Unusual, Music for Contrabass Saxophone (Nine Winds - 2003)

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Figure de l’avant-garde West Coast, et, par là même, pourfendeur plus qu’acharné d’amateurs de sirops, Vinny Golia s’attache depuis quelques années à élaborer des songbooks personnels qu’il consacre à tout instrument à vent imaginé un jour. Sur A Gift For The Unusual, le voici plongé dans l’univers du ...tubax.

Saxophone contrebasse modifié pour s’enfoncer encore dans les graves, il va sans dire que le tubax de Golia, pas contrarié, explore les profondeurs. De solos organiques (Single Booth Enclosure-Prime) en jeux à l’unisson en compagnie de la contrebasse de Bill Casale (The Mozart of Vice) ou du piano de Wayne Peet (Eye My), l’exploration des caves se fait à la lumière des trouvailles ingénieuses.

Ici, des attaques envoûtantes ont recours à la mélodie pour éliminer définitivement une rythmique minimaliste (Mr. Amons Builds His Bridge). Là, on transforme la redondance des phrases en envolées progressives, portées par des décalages mélodiques (Repetition). Convaincants, les enregistrements parlent d’une même envie, qui est celle d’élever un monument aux graves. Et, lorsque l’on s’égare, c’est de ne pas avoir été assez radical (le brouillon The 15th, l’ennuyeux Once Upon A Time On My Way To The Studio).

Pour finir, on expérimente, et on multiplie : les effets et les pistes (Just Something I Thought of), les techniques réservées à l’instrument et les copiés collés sur le vif (A History of Everything That Ever Happened). Ainsi, des motifs fins et variés courent sur l’éventail de Vinny Golia, qui, pour bien seoir à l’instrument, a pris les dimensions d’un paravent.

CD: 01/ Single Booth Enclosure- Prime 02/ Repetition 03/ Mr. Amons Builds His Bridge 04/ Eye My 05/ Single Booth Enclosure Third- Revisitation 06/ The Mozart of Vice 07/ The 15th 08/ Just Something I Thought of  09/ Once Upon A Time On My Way To The Studio 10/ A History of Everything That Ever Happened 11/ The Last of It’s Kind

Vinny Golia - A Gift for the Unusual, Music for Contrabass Saxophone - 2003 - Nine Winds.

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Full Circle: Explorations (Red Eye Music - 2005)

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Ne croyez rien de ce que l'on vous raconte : la jeunesse rêve d'anonymat. Full Circle en est une preuve vivante. Ce quartet de Cardiff, constitué d’élèves de Keith Tippett, emprunte la voie désignée par le maître, et se frotte à la musique improvisée. Sincèrement. Assez, en tout cas, pour qu'on refuse à ses musiciens tout accès au clinquant médiatique, réservé, de tout temps et presque exclusivement, aux fabricants d'étrons.

Mais il ne suffit pas à l'under underground de simplement en être pour qu'on reconnaisse aussitôt la qualité indubitable de sa musique. Reste l'écoute d'Explorations. D'élaborations studieuses en développements concluants, huit parties se suivent. De contrebasse ou de piano, souvent les graves recadrent l'ensemble : qu'il tienne dans l'opposition d'une guitare impressive et d'un saxophone délétère (Part 1), ou ait plutôt à voir avec une fugue embourbée dans une colère noire (Part 6).

Sous des allures d'enfants sages, on aperçoit la figure du sauvage. Soft et brillant, le saxophone attaque les développements lents (Part 7), démontre que l'excellence en musique n'a pas grand-chose à voir avec la justesse des timbres (Part 4) ; appuyé, dans les deux cas, par les efforts majestueux du trombone. Ailleurs, la contrebasse vaut à elle seule l'honneur des intentions menées à bien (Part 5), la batterie tourne le dos à une mélodie de piano qui ne demande qu'à prendre ses aises pour enfin décider d’un mini chaos expiatoire (Part 2).

Enfin, et tout de même - puisqu'il faut qu'un premier album présente quelques détails sur lesquels il faudra revenir -, il arrive que l'on rencontre des prises de position mal affirmées (le garni et pourtant vide Part 8, envoûté par les mauvais fantômes ECM), ou des maladresses notables (le traitement suave à en dégouliner de Part 2). Pas là, pourtant, de quoi en oublier les brillances d'Explorations, ni les talents d'un quartette prometteur.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7 08/ Part 8

Full Circle - Explorations - 2005 - Red Eye Music.

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Giuseppe Ielasi: Gesine (Häpna - 2005)

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En Italie, il arrive que les musiciens prennent des poses de peintres. Rêvant d’épures qu’il n’achèvera pas, il en va ainsi pour Giuseppe Iealsi. Ayant appliqué quelques gris, il inonde de lavis improvisés les grilles à remplir, et voici le polyptique terminé : Gesine, titre unique d’un ensemble de 6 panneaux.

Variables, les décors font d’une ligne électronique aigue ou de grésillements légers les bourdons nécessaires à l’intervention des guitares et des rythmes. Des doigts claquent, des baguettes s’entrechoquent, tandis que la guitare folk, par touches, décide timidement d’y aller, ose l’idée de se compromettre.

Un médiator en accroche alors quelques cordes, avant que Ielasi ait recours aux effets pour tenter de retirer le voile jusque là posé sur ses propres pudeurs. Ailleurs, il récupère une guitare au fond du Gange, arrache quelques plaintes à une assemblée de parasites, ou déroule un legato sur ses progressions sages, quoique sous tension.

Une fois que les nappes changeantes ont avalé les ostinati, que les cordes de guitare ont trouvé une entente avec les bruitages électroniques, le retour à la terre est irrévocable. Giuseppe Ielasi peut descendre des échafaudages, et jeter un regard aux plafonds : autant qu’il le couvre, Gesine le rassure.

CD: 01 - 06/ Gesine

Giuseppe Ielasi - Gesine - 2005 - Häpna. Distribution Metamkine.

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Jeff Kaiser, Andrew Pask: The Choir Boys (pfMENTUM - 2005)

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Baignant individuellement dans des sphères musicales aux frontières insaisissables, le trompettiste Jeff Kaiser et le clarinettiste Andrew Pask décidèrent récemment d’affronter ensemble leurs hésitations stylistiques touchant au jazz, à la musique expérimentale bruitiste, et aux postures improvisées.

Débarrassés des complexes, on oppose aux évolutions des instruments à vent l’intervention de programmations électroniques, sobres ou à saturations. Moins de musique que de laboratoire, les instruments testent la résistance de leurs propres matériaux, jugeant de l’épaisseur des souffles (Wheeling Rebus) ou de la réaction des tubes (Dim Effigies).

Plus loin, Kaiser va chercher à connaître les intentions d’un Pask jonglant avec saxophones ténor et soprano, une clarinette et une clarinette basse. Les phrases se croisent, se heurtent ou s’entendent, toujours portées par les flux. De fines expériences de traitements sonores (Blue Air Habit) laissent leur place à des duels efficaces à devenir instants de grâce (Tumbling Abstention). Là, on élabore des discours pseudo mélodiques, en n’oubliant pas de s’éloigner encore, s’il est possible, du commun ressassé.

Si les décision électroniques - loin d’être inédites et parfois même ronflantes (The Variability Of Stammering Arrows) - peuvent altérer les propos de Jeff Kaiser et Andrew Pask, ils s’en sortent sans véritable peine grâce à un savoir-faire indéniable gonflé de fougue dévastatrice. Au final, The Choir Boys est un alliage précieux et un album envoûtant.

CD: 01/ Wheeling Rebus 02/ Dim Effigies 03/ Carbon Icon 04/ The Variability Of Stammering Arrows 05/ Blue Air Habit 06/ Tumbling Abstention 07/ Reliquaries

Jeff Kaiser, Andrew Pask - The Choir Boys - 2005 - pfMENTUM.

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Per Henrik Wallin : The Stockholm Tapes (Ayler, 2004)

per henryk wallin the stockholm tapes

Si l'histoire du free jazz a beaucoup à voir avec la géographie scandinave, ce n'est pas seulement parce que la Suède, entre autres pays concernés, a réservé un accueil salutaire à plusieurs représentants de premier ordre de la New Thing. Attirés par la formule, nombre de musiciens locaux ont investi le champ des expériences, pour en proposer, au final, d'originaux aspects.

Extraits de deux concerts donnés à deux ans d'intervalle par le trio du pianiste Per Henrik Wallin, The Stockholm Tapes nous offre un retour dans les années 1970, et prouve l'investissement plus qu'inspiré d'autochtones convaincus. Lars-Göran Ulander, tout d'abord, qui, d'un long solo serpentin de saxophone, introduit E.V., composition soutenue pas l'énergie indéfectible du batteur Peter Olsen. Au piano, Wallin propose des graves étudiés, tente quelques canons en réponse aux progressions du saxophone, ou introduit de courtes parcelles déstructurées de blues ou de ragtime.

Car si la concentration est de mise, elle n'interdit pas pour autant les interventions ludiques. Après un solo étiré pendant lequel Olsen embrasse la batterie tout entière, saxophone et piano investissent Wuppertal au moyen de cavatines hispanisantes, avant d'entamer un jeu de massacre bénéfique sur phrases musicales sacrifiées.

Suivent deux improvisations enregistrées deux ans plus tôt (1975). Inaugurées par des dialogues saxophone / batterie, elles relèvent d'une appropriation par le trio d'un free intense et éclairé. Quand l'une voit Wallin opter pour des amas de notes en résonance en guise de réponse aux digressions hachées d'Ulander (A Jive In July - 75, Live!), l'autre lui fait préférer les accords frénétiques, que l'on plaque et qui forment l'essentiel de ressources défensives indispensables (This Time Is Newt Time Now).

Témoins d'une époque particulière en un lieu bien précis, le trio de Per Henrik Wallin a pu démontrer que, si la modernité est universelle, elle a aussi besoin de terres d'accueil bravant les réticences pour pouvoir, enfin, mettre tout le monde d'accord.

Per Henrik Wallin : The Stockholm Tapes (1975/1977) (Ayler Records)
Enregistrement : 1975-1977. Edition : 2004.
CD : 01/ E.V. 02/ Wuppertal 03/ A Jive In July -75, Live! 04/ This Time Is Next Time Now
Guillaume Belhomme © Le osn du grisli

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