Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Art Ensemble of Chicago: In Concert (Rhapsody Films - 2003)

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Ce 1er novembre 1981, un coup de sifflet entame la partie que joue à domicile l’Art Ensemble Of Chicago. Dès les premières secondes, un bouillon de cultures invraisemblable se met en place. Premier à défendre une musique libérée des carcans que porte aux nues un sens particulier du spectacle, rien n’empêche le quintet de savoir, dès le départ, où il va.

Lester Bowie, mad professor un brin cabot, opte le premier pour les phrases jubilatoires (We-Bop). Les envolées heurtent les interventions de sifflets, cloches, gongs ou klaxons, que des musiciens touche-à-tout abordent de manière à évoquer, parfois, des transhumances africaines idéalisées (On The Cote Bamako).

Plus au Nord, les exhortations mauresques de Joseph Jarman étoffent le voyage (Bedouin Village), jusqu’au retour en terre natale, que décide un long duo basse / batterie (New York Is Full Of Lonely People). Là, un Malachi Favors ravi emporte un cool dégénéré, bientôt transformé en exercice de free apaisé.

Impeccable, Roscoe Mitchell récite sa gamme avant de trouver le sentier radical menant à une jungle (New Orleans). Poussé par les vents, un bestiaire fantastique se laisse aller à la célébration d’un carnaval halluciné, avant que ne résonne un balafon discret, bourdon mélodique et timide accompagnant les confrontations tonales opposant Bowie à Mitchell.

Après une courte citation d’un thème Nouvelle Orléans, Famoudou Don Moye proclame venue l’ère du funk minimal (Funky AEOC). Cyclope nubien égaré en milieu urbain, Favors s’essaye, assis, à la basse électrique, et double ingénument les graves du saxophone baryton de Mitchell.

En guise de conclusion, Theme (Odwalla) est une saynète musicale pendant laquelle Joseph Jarman adresse présentations et au revoir. L’Art ensemble, à Chicago, sert une vérité de La Palisse : l’évasion élaborée de chez soi ne souffre aucune concurrence. Il suffit juste d’éliminer l’assurance du cocon, et de se laisser porter.

DVD: 01/ We-Bop 02/ Promenade 03/ On The Cote Bamako 04/ Bedouin Village 05/ New York Is Full Of Lonely People 06/ New Orleans 07/ Funky AEOC 08/ Theme (Odwalla)

Art Ensemble of Chicago - In Concert - 2003 - Rhapsody Films. Distribution Night and Day.

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ECFA Trio : Die Faden (Pecan Crazy, 2004)

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Pour pouvoir se frotter aux maîtres incontestés du genre - soit, aux anciens -, les jeunes musiciens investissant le champ du free jazz doivent savoir faire des choix. De formation, évidemment, mais surtout de principes à suivre. A Austin, Texas, l'E.C.F.A. Trio sert les siens depuis huit ans : le plus souvent rebelle à ses idoles, il n'en destine pourtant pas moins d'hommages que n'importe quel pratiquant du culte, aveugle à toute nécessité, et sourd à tout changement.

Die Faden est avant tout un disque brut. On y retrouve les prises de son empiriques des débuts du free jazz, donnant la conviction d'y être et permettant de réentendre une fraîcheur perdue par des techniciens irréprochables de studios-cliniques. Quant au fond, le disque convainc de l'exception du parti pris : fourre-tout hétéroclite fait de pièces luxuriantes, aux digressions sans prétention et pourtant quasiment toutes essentielles, on y croise l'influence du minimalisme américain, déposé sur une rythmique hésitante (Faruq's Tone Row), comme celle d'un jazz d'extrêmes jusqu'auboutisme (Big Mess).

En réaction aux progressions lentes menées d'une seule voix par le saxophone et le violon (Variations in A, Variations in C), la batterie multiplie les combinaisons : swing décalé (Water Variations), citations de rythme latin (Variations in C), ou temps marqués avec virulence pour rappeler un violoniste derviche à la raison (Big Mess). C'est qu'il y a confrontation : celle de trois musiciens ayant entamé un duel. En conséquence, la balance penche forcément d'un côté. Sur Die Faden, l'avantage va à la coalition saxophone / violon, éprouvant sans cesse un peu plus les efforts éclairés du batteur. Pour autant, le combat n'est pas désespéré. Les attaques fusent seulement après vérification faite de les avoir suffisamment chargées, et la cadence des coups portés ne faiblit jamais. L'ensemble est foisonnant, abrasif et concluant.

ECFA Trio : Die Faden (Pecan Crazy)
Edition : 2004.
CDR : 01/ Faruq's Tone Row (dedicated to Faruq Z. Bey) 02/ Variations in C 03/ Water Variations (dedicated to Charles Waters) 04/ Variations in A 05/ Big Mess 06/ Eggs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cheval de frise : La lame du Mat (Ruminance, 2005)

cheval de frise la lame du mat

La lame du Mat est un témoignage. Le dernier, semble-t-il, d’un duo d’exception. Un au revoir qui tient en cinq titres, courts, et mêle, sans gêne aucune, actualité discographique et avis de séparation.

Outre leur qualité documentaire, qu’en est-il des derniers enregistrements d’une entente qui avait tout d’impeccable, celle du guitariste Thomas Bonvalet et du batteur Vincent Beysselance ? Les soubresauts du premier, immuables, nous apprennent ici qu’il arrivait à Cheval de frise de suivre des schémas pré décidés (I). Extirpés avec fougue par les assauts rythmiques, les arpèges font désormais place à quelques basses faites référents.

Alors, les structures sournoises gagnent en netteté, tandis que les développements nomment plus clairement encore l’influence de Tortoise ou Gastr del sol (II). De mouvements las en ruptures sèches, la batterie entame un swing décadent (III), opte pour des chavirements ingénieux et illuminés (IV), et accueille chaleureusement le soutien expressif d’une guitare assez maîtrisée pour qu’on n’en oublie pas le potentiel rythmique de ses trois cordes graves.

Inutile d’aller chercher ailleurs un rock échevelé plus glam que celui-ci. Fait d’ingrédients uniques, oscillant au gré des courants porteurs que sont la fougue et l’improvisation, il aura bel et bien été défendu ; assez longtemps, en tout cas, pour qu'on l'entende et le reconnaisse. La lame du Mat, disque à la fois changeant et original, en est un dernier avatar. Ultime élaboration d’un duo efficace, nous conviant, sourire en coin, à un baptême de ruines.

Cheval de frise : La lame du Mat (Ruminance / Chronowax)
Edition : 2005.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2005

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Walter Thompson: PEXO : A Soundpainting Symphony (Nine Winds - 2003)

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Inaugurer une autre façon de conduire un orchestre - à la manière d’un peintre, donc, derrière son chevalet - est le concept qui anime depuis de nombreuses années Walter Thompson, compositeur contemporain capable de bousculer un concerto d’Haydn, comme de se laisser aller en compagnie de jazzmen délurés, tels Leroy Jenkins ou Anthony Braxton.

Assisté de Todd Reynolds, ce n’est pas moins de quinze musiciens qu’il dirige sur PEXO, œuvre mi-écrite mi-improvisée, d’une pertinence ramassée et élégante. Un ballet étrange et sombre, d’abord, se sortant comme il peu d’une bataille que se livrent des boucles de cordes et de courtes charges bruitistes (Entrance). Les spirales avalent des mouvements aléatoires sur un rythme lâche.

Dès Prepare, la voix humaine demande à gagner les assemblages. Un dialogue homme / femme s’installe sur fond de basses et rappelle, par sa mise en place et quelques répétitions synthétiques, les traitements de Stockhausen ou de Laurie Anderson. Une oraison grinçante perdue dans les brumes du Nordeste (Get ready) calme ensuite les esprits, en revendiquant la confrontation ludique des cordes et du trombone, une batterie mouvante pour seul juge.

Puis, des protestations vocales se lèvent, bousculant de leurs interventions folles une brass fantasy rassurante (Bob Barker). Des plages minimalistes rivalisent avec un chaos instrumental, ou d’angoissantes évocations vocales de comédies américaines. Une digression jazz met tout le monde d’accord : c’est le rythme qu’il faut maintenant servir. Les voix s’en chargent donc. Fait de copiés / collés surnaturels, The Crowd est un montage érudit, que l’on dirige du bout des doigts et que l’on ne ménage pas : les invocations free d’un saxophone qu’on lui oppose sauront être gérées jusqu’au départ de Two Talk Show Hosts, labyrinthe aux embranchements infinis dans lequel on s’engouffre.

Egarées, des amalgames de nappes invitent chaque musicien à servir ce qu’il ressent, digressions foisonnantes que la folie menace. Pour Walter Thompson, il n’est pas de conclusion ravissante. Juste quelques éclaircies distinguées ici ou là, qui embellissent la vie laborieuse, mais qui demande qu’on s’attache, encore et toujours, à leur confection.

CD: 01/ Entrance 02/ Prepare 03/ Get Ready 04/ Bob Barker 05/ The Crowd 06/ Two Talk Show Hosts

Walter Thompson - PEXO : A Soundpainting Symphony - 2003 - Nine Winds. 

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Collective 4tet: Moving Along (Leo - 2004)

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Quatre hommes ne seront jamais de trop pour se pencher sur le tour que doit prendre aujourd'hui le free jazz. Cinquième postulat net et précis du Collective 4tet sur la question, Moving Along peaufine un raisonnement qui tire sa substance de trois improvisations subtiles.

Se demander, d'abord, si le psychédélisme minimaliste introduisant Drawing From The Pool n'est pas qu'un prétexte. Celui qui permettrait de démontrer le mieux de quelle façon imposer, en musique, les voies adéquates aux envies. Ainsi, les assauts délicats du percussionniste Heinz Geisser et le trombone expressif de Jeff Hoyer amorcent une progression mesurée, sur laquelle évoluent un William Parker discret et éclairé. Mark Hennen, lui, pose ses accords au piano, avant d'en égrener les notes.

Si chacun des musiciens lâche du leste, c'est, bizarrement, pour mieux servir la tension sous-jacente qui anime le groupe. Lorsque Parker attaque son instrument au moyen de l'archet, celle-ci peut d’ailleurs enfin être révélée. L'éloquence d'un trombone qui se rêverait introspectif, le soutien abrasif qu'apportent les cymbales à des basses qu'on ne peut plus assagir, ou encore le poids colorant l'effet des notes de piano, emportent les décisions. Irrévocablement énergiques.

Moving Along, ensuite, nous parle d'une approche plus individualiste de l'improvisation. Auteur des résonances lointaines du début, Hennen s'en prend aux cordes de son instrument sans l'aide du clavier. Les marteaux que le maître abandonne sont désormais tout au spectacle : Geisser et Parker refusant d'imposer un rythme castrateur, se laissent porter par le flot dense des possibles. Le piano virulent charge encore les fluides, tandis qu'au trombone, Hoyer semble sous l'effet d'un raisonnement spontané, et fait de son mieux pour écarter les tentations mélodiques qui s'offrent à lui au milieu d'un désert aride.

Plus évanescent, Sí en sí tire son charme d'un piano en recherches perpétuelles et légères. A l'archet, William Parker fleurit l'ensemble de phrases dissonantes, et la retenue décidée conseille Jeff Hoyer de se contenter de 2 notes pour toute ossature de son intervention. Les choix individuels se croisent et, sans cesse, nous transportent d'assemblages décalés en élucubrations ravissantes. De quelles autres manières pouvait s'en sortir le free jazz d'aujourd'hui pour nous convaincre autant ?

CD: 01/ Drawing From The Pool 02/ Moving Along 03/ Sí en sí

Collective 4tet - Moving Along - 2004 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Peter Kowald : Silence and Flies (Free Elephant, 2004)

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Acolyte et partenaire de musiciens comme Peter Brötzmann, Carla Bley ou Alexander Von Schlippenbach, le contrebassiste Peter Kowald n’en avait pas moins fini par accuser une préférence pour le jeu improvisé en solo. Silence and Flies, performance enregistrée à Nigglmühle en 2001, nous rappelle l’une des figures allemandes les plus importantes du genre.

Une approche instrumentale brute incitait Kowald à refuser les recours aux artifices de disposition comme aux effets vides de sens. Un purisme, presque, dont il rendit compte à Nigglmühle en élaborant deux développements foisonnants, mis, sans forcer, à l’abri de la monotonie.

Car le jeu du contrebassiste est à l’image de Niggl 1 : les références mélodiques se chassent l’une l’autre (rappels d’œuvres pour viole, aspects minimalistes), les techniques employées (slaps, glissandi, grattements) défilent pour le bien d’hallucinations improvisées, mouvantes et organiques. Silences et répétitions lient ici et là le tout, jusqu’à l’incantation finale portée par le bourdon grave de la voix d’un anachorète que le public, toujours, révèle.

Ainsi porté, Peter Kowald n’en finit plus de multiplier les pistes. Décalant à l’envi des boucles d’aigus, déconstruisant chacun de ses principes de rebonds d’archet, il concède parfois, et assume sur Niggl 2 la base rythmique d’un quartet fantôme, avant d’y couper court en déclenchant des pizzicati secs et libres, grouillant comme les essaims évoqués par quelques nappes d’harmoniques.

Compositions sur l’instant d’un musicien inspiré, Silence and Flies n’est pas une œuvre improvisée de plus. Elle, comme les meilleures, refuse l’austérité. Elle, comme les meilleures, ne peut se contenter d’une seule et unique écoute. Enfin, vers elle, en priorité, on reviendra.

Peter Kowald : Silence and Flies (Free Elephant)
Enregistrement : 2001. Edition : 2004.
CD : 01/ Niggl 1 02/ Niggl 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sinistri: Free Pulse (Häpna - 2005)

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Se frotter à différents styles importe peu lorsqu’un groupe a autre chose en tête que d’en servir un seul. Certains même, comme Sinistri, tiennent éperdument à n’en préférer aucun, avouant que leur quête est ailleurs, qui est celle de suivre le cours d’une musique non-métrique.

S’il n’est pas le premier à défendre ce genre d’intention, le trio italien y insuffle une radicalité inédite, quitte à se répéter un peu en refusant tout autre point de vue sur la question que celui qui interdit la synchronisation des musiciens. Les rythmes aléatoires de Roberto Bertacchini oscillent ainsi sans tenir compte des impulsions du guitariste Manuele Giannini, le plus souvent hargneuses (Bluesplex Pt1, NY Vamp), parfois caressantes (Cold Fried Tk4).

Car les improvisations de Sinistri ne sont pas toutes nerveuses. On choisit, de temps à autre, de faire d’une mise en place un développement musical subtil (Deep squeak, Holes In Between), pendant lequel on accepte de rechercher plutôt que de ressentir. Alors naissent des tentatives sonores qu’emporte Alessandro Bocci, troisième larron, concepteur d’électronique intuitif.

Elaborant des nappes de basse à peine perceptibles (Ampstone, NY Vamp), chevauchant les cymbales pour mieux rêver d’ultrasons (Cold Fried Tk4), ou levant le voile sur des stigmates dessinées par quelle rugueuse extase (Holes in Between), le soutien électronique est là, qui divertit autant qu’il enrichit les efforts collectifs.

Ceux d’Ampstone, par exemple, sur lequel Manuele Giannini chuchote des mots choisis, et multiplie encore les essais stylistiques. Seule à avoir réussi à imposer une cadence à Free Pulse, la voix empêche Sinistri d’échapper à tous les codes. Mais le trio en profite, qui fait de ce rappel aux bonnes mœurs le détail falsificateur d’un patchwork flamboyant, à l’iconoclastie tirant sa verve d’intentions rock, d’électronique bruitiste, et de jazz percussif.

CD: 01/ Smooth Fried Tk2 02/ Bluesplex Pt1 03/ Pre-Verb Fried Funk 04/ Holes In Between 05/ Black Vamp #1 06/ Ampstone 07/ Cold Fried Tk4 08/ NY Vamp (second set) 09/ Deep Squeak 10/ Red Angular Feelin’

Sinistri - Free Pulse - 2005 - Häpna.

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Moondog: The German Years 1977-1999 (Roof Music - 2004)

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La mine désespérée, un petit homme est assis au beau milieu d'une grande surface culturelle. Il y est vendeur, et s'il n'est pas là, insouciant, à attendre la question qu'il pourra résoudre d'un coup d'oeil rapide à sa base de données, c'est qu'on lui a demandé de mettre en rayon 2 ou 3 exemplaires d'une anthologie de Moondog. En vain, il a cherché leur place. Incapable, il a failli. Le monde entier lui en veut, pense-t-il, à l'image du label Roof Music, qui n'a pas décidé de lui rendre la tâche facile en élaborant une compilation sélective des disques du Maître publiés après 1974 (année de son installation en Allemagne), accompagnée de l'enregistrement encore inédit du tout dernier concert qu'il donna, à Arles, en 1999 .

Assemblant des morceaux extraits de 7 albums différents, le premier des deux disques fait alterner les thèmes interprétés en compagnie du London Saxophonic (Bird's Lament, Dog Trot), les chants élaborés d'un Minnesänger égaré (Pigmy Pig, High On A Rocky Ledge), les pièces rythmiques (Viking I, In Vienna), ou encore, les compositions profanes qu'on tente de convertir à l'aide d'un orgue orthodoxe (Dark eyes, Frost Flower). L'ensemble est cohérent, bien sûr, mais - les percussions effleurées sur les trottoirs de Manhattan l'avaient déjà montré -, les vignettes musicales de Moondog convainquent encore plus dans le dépouillement.

Au Théâtre Antique d'Arles, le 1er août 1999, Moondog et Dominique Ponty le prouvent à nouveau. Ici, on traite le contrepoint à deux pianos : les fugues sont fêtées (Barn Dance, Prelude And Fugue In A Minor) et les canons expliqués (from Art Of The Canon, Books I & II). Des mélodies imparables réduites à l'essentiel (Santa Fé), jouant des basses répétées en même temps que des retenues (Jazz Book: No. 2), évoquent ici des paysages à la manière de Gurdjieff (Chaconne In A Minor), ou là, une ronde enivrante (Elf Dance).

Parmi les duos, Moondog, par deux fois, récite 3 Couplets extraits d'un poème qu'il écrivit en 1995, et dont on retrouve l'intégralité dans le livret de 44 pages qui illustre l'anthologie. C'est d'ailleurs en feuilletant celui-ci que notre vendeur mettra un terme au dilemme qui l'assaille. S'il vous vient l'idée saugrenue de vous procurer ce disque en grande surface, et que vos recherches n'ont rien donné dans les rayons Jazz, Musique contemporaine, Folk urbain ou Nouvelle scène défunte, essayez alors aux beaux-livres.

CD1: 01/ Bird's Lament 02/ Pigmy Pig 03/ Viking I 04/ Dog Trot 05/ High On A Rocky Ledge 06/ Log In B 07/ Marimba Mondo 2 08/ Paris 09/ In Vienna 10/ EEC Lied 11. Fujiyama 2 12/ Heimdall Fanfare 13/ Sea Horse 14/ Single Foot 15/ Do Your Thing 16/ Bumbo 17/ Dark Eyes 18/ Logrundr XII 19/ I'm This I'm That 20/ Frost Flower 21/ The Message 22/ Introduction & Overtone Continuum - CD2: 01/ Jazz Book: No. 2 02/ Carnival 03/ Elf Dance 04/ from Jazz Book: No. 4 05/ Fiesta 06/ from Jazz Book: No. 3 07/ Chaconne In A Minor 08/ 3 Couplets 09/ Prelude And Fugue In A Minor 10-20/ from Art Of The Canon, Book I: No. 3, 6, 7, 8, 10, 13, 14, 16, 18, 20, 25 21-24/ from Art Of The Canon, Book II : No. 6, 9, 22, 23 25/ Sea Horse 26/ from Jazz Book: No. 1 27/ from Jazz Book: No. 5 28/ 3 Couplets 29/ from Art Of The Canon, Book V, No. 9 30-32/ Mood Montreux: 1st Movement, 2nd Movement, 3rd Movement 33/ Santa Fé 34/ Barn Dance

Moondog - The German Years 1977-1999 - 2004 - Roof Music. Distribution Orkhêstra International.

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Alexander Von Schlippenbach : Monk's Casino (Intakt, 2005)

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Très peu de façons de servir le jazz auront été aussi personnelles que celle de Thelonious Monk. Rien de moins qu'un style inimitable mis au service de compositions novatrices suffira à envoûter les musiciens les plus pointus de la seconde partie du XXe siècle. Aujourd'hui encore, le charme persiste, et c'est au tour d'Alexander von Schlippenbach d'explorer le songbook du maître. Refusant de réfléchir à des probabilités de découpes partiales, le pianiste décide d'enregistrer en quintet l'intégralité des compositions de Monk. La démarche est inédite, et il ne faudra pas moins de quatre soirs de concerts pour en venir à bout. Un seul principe : ne pas pratiquer Monk comme on entretient les langues mortes, mais lui insuffler l'inédit d'arrangements originaux. "Avez-vous déjà vu des partitions sur mon piano ?" répondait, un jour de 1963, Thelonious Monk au journaliste François Postif qui l'interrogeait sur son rapport à l'improvisation.

L'improvisation, Schlippenbach la connaît pour l'avoir pratiquée souvent. Mais, cette fois, il lui défendra de mener la danse. Les partitions ont été consultées - au moyen de quelques efforts lorsqu'il a fallu mettre la main sur les moins diffusées d'entre elles -, au quintette, maintenant, de les respecter. Devant le public du A-Trane de Berlin, Schlippenbach et ses hommes investissent subtilement le répertoire choisi. Respectueux, ils font alterner des versions plus ou moins éloignées des originales. Si les secondes (Misterioso, Ask Me Now, Bolivar Blues) se permettent parfois quelques références décalées (la clarinette basse de Rudi Mahall rappelant certaines inspirations d'Eric Dolphy sur Boo Boo's Birthday), les premières se font réceptacles de toutes les audaces.

D'abord celle d'accélérer le rythme de certains standards. Derrière la batterie, Uli Jennessen mène la transformation de Thelonious ou In Walked Bud en hard bops opportunistes, ou celle de Consecutive Second's en bogaloo compact et rêche. Toujours impeccable dans sa façon de rendre nerveuses les interprétations, il peut aussi oser quelques influences latines délicates (Bemsha Swing, Shuffle Boil) ou servir une instabilité formelle de rigueur (Monk's dream). De l'audace, surtout, dans l'arrangement que l'on réserve aux thèmes. Parfois cités et réunis sous forme de condensés intelligents, ils subissent tous les affronts. L'Intro Bemsha Swing devient précis de conduction d'air dans un corps de clarinette, tandis qu'on découpe Evidence à la hache. Les incartades free, elles, se bousculent : Think Of One interroge les possibilités de chaque instrument, l'alambiqué Monk's Dream oppose la trompette d'Axel Dörner et ses suaves effets de sourdine aux implorations agressives de Rudi Mahall, qui, ailleurs, mettra en place de manière anguleuse un Straight No Chaser brillant.

Après ce genre de déconstructions en règle, il arrive à Schlippenbach de rêver d'épures. Servi par des duos sophistiqués - fuites élégantes cuivre et bois juste soulignées, mais de quelle manière, par l'archet du contrebassiste Jan Roder (Crepuscule With Nellie) -, ou par des solos réfléchis - la trompette de Dörner rappelant les efforts compressés du Steve Lacy de Materioso (Eronel), ou l'intervention sur piano-jouet de l'invitée Aki Takase (A Merrier Christmas) -, un jazz minimaliste s'insinue, à l'élégance sobre, inquiétante parfois (le goût de funérailles d'un Japanese Folk Song des limbes). Quand d'autres composent des ruines qui n'ont pas à subir l'épreuve du temps pour être considérées comme telles, le quintette de Schlippenbach, lui, choisit de s'intéresser à des chef-d’œuvres d'architecture. Il en aménage seulement quelques endroits pour plus de commodité, sans jamais en revoir la moindre fondation. Hommage appuyé autant que l'était le Be bop de Monk, Monk's Casino est un édifice somptueux, dont les pierres comme les interprètes sont de taille.

Alexander Von Schlippenbach : Monk's Casino (Intakt Records / Orkhêstra International)
Edition : 2005.

CD1 : 01/ Thelonious 02/ Locomotive 03/ Trinkle-Tinkle 04/ Stuffy Turkey 05/ Coming On The Hudson 06/ Intro Bemsha Swing 07/ Bemsha Swing - 52nd Street Theme 08/ Pannonica 09/ Evidence 10/ Misterioso - Sixteen - Skippy 11/ Monk's Point 12/ Green Chimneys - Little Rootie Tootie 13/ San Francisco Holiday 14/ Off Minor 15/ Gallop's Gallop 16/ Crepuscule With Nellie 17/ Hackensack 18/ Consecutive Second's - CD2 : 01/ Brillant Corners 02/ Eronel 03/ Monk's Dream 04/ Shuffle Boll 05/ Hornin'In 06/ Criss Cross 07/ Introspection 08/ Ruby, My Dear 09/ In Walked Bud 10/ Let's Cool One - Let's Call This 11/ Jackie-ing 12/ Humph 13/ Functional 14/ Work - I Mean You 15/ Monk's Mood 16/ Four In One - Round About Midnight 17/ Played Twice 18/ Friday The 13th 19/ Ugly Beauty 20/ Bye-Ya - Oska T. - CD3 : 01/ Bolivar Blues - Well You Needn't 02/ Brake's Sake 03/ Nutty 04/ Who Knows 05/ Blue Hawk - North Of The Sunset - Blue Sphere - Something In Blue 06/ Boo Boo's Birthday 07/ Ask Me Now 08/ Think Of One 09/ Raise Four 10/ Japanese Folk Song - Children's Song - Blue Monk 11/ Wee See 12/ Bright Mississippi 13/ Reflections 14/ Five Spot Blues 15/ Light Blue 16/ Teo 17/ Rythm-a-ning 18/ A Merrier Christmas 19/ Straight No Chaser - Epistrophy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gene Coleman: Concert in St. Louis (Grob - 2005)

stlouisgrisliIl arrive que le clarinettiste Gene Coleman s’échappe de son bel Ensemble NoAmnesia. Pour preuve implacable, le disque que publie aujourd’hui le label Grob, enregistrement d’un concert qu’il donna en quartette à Saint Louis, USA, le 27 octobre 2002. Une heure de musique, divisée en deux parties qu’on s’est abstenu d’intituler.

Le jeu singulier de Coleman, tirant bénéfice des impuretés et des accrocs, évolue d’abord en triade et se mesure aux expérimentations de Sachiko M, qui choisit, pour commencer, de traiter ses micros de façon peu intrusive. L’atmosphère est sobre et changeante, évoquant une musique indigène quasi-perdue, perceptible ou non selon l’effet des vents.

Lorsque Otomo Yoshihide intervient, c’est pour interroger les dérivations des notes de sa guitare. La clarinette basse suit des parcours cloutés de graves, Franz Hautzinger dévoile des contrastes en confrontant les aigus de sa trompette aux 6 cordes à peine effleurées, tandis que Sachiko M confectionne malignement ses larsens. Et voilà que la tension, sourde jusqu’alors, anime à elle seule le morceau tout entier.

Progressive, parfaitement jaugée, elle amène ensuite Gene Coleman à déposer des phrases acides sur les résonances longues auxquelles se consacrent les basses de la guitare. Adaptant son souffle à loisirs, il en expérimente les moindres effets, tant sur la première plage du disque que sur la seconde. La pause est courte, d’ailleurs, qui en distingue les deux parties. Et c’est sans ménagement que l’on entame les dix dernières minutes du set.

Là, Yoshihide déploie et déstructure des artifices sur fond de grésillements. Tout juste suggéré, un Caruso anéanti interprète pour un temps un laborieux air d’opéra. Coleman, lui, préfère reprendre ses expériences et nomme rapidement interruptions et saccades maîtres de la partition. Pendant plus d’une heure, des formes de chaos se sont superposées, tandis que nous cherchions la sortie d’un labyrinthe de tubes. L’espoir datait d’avant la fonte.

CD: 01/ (51:33) 02/ (09:19)

Gene Coleman - Concert in St. Louis - 2005 - Grob.

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